Les jeunes de 25 ans sont plus anxieux qu’avant

Difficultés à trouver un emploi, un logement, peur de s’engager là où leurs parents ont échoué, à savoir leur vie de couple, dérèglement climatique… Les jeunes de 25 ans ont toutes les raisons d’être inquiets mais le sont-ils ?

Le Dr Pitchot, expert psychiatre au CHU de Liège, estime effectivement que les jeunes sont plus angoissés qu’avant, en raison d’un contexte global anxiogène qui suscite de l’incertitude et du pessimisme. Il épingle la tendance des jeunes à ne rien dire lorsqu’ils sont en souffrance. Ceux-ci entament aussi difficilement les démarches pour obtenir de l’aide, même si, « heureusement, ils le font de plus en plus ». Le spécialiste évoque encore un aspect rassurant : « L es jeunes sont plus raisonnables que les générations précédentes. On entend souvent dire qu’ils sont moins motivés ou moins courageux. C’est un jugement de valeur erroné. Au contraire, ils ont une sagesse qu’on n’attend pas particulièrement à cet âge-là. Ils sont conscients qu’ils peuvent aller mal, qu’ils peuvent ressentir du stress au travail, donc, ils anticipent et se protègent. Et ils ont raison !  »

« La majorité des gens qui viennent me consulter ont entre 18 et 30 ans, déclare le Pr Alain Luts, psychiatre spécialiste des troubles anxieux aux Cliniques universitaires Saint-Luc. Le plus classique est la crise de panique. La personne a des vertiges ou elle tombe dans les pommes. Elle consulte son médecin traitant qui ne détecte rien au niveau médical. Les épisodes se reproduisent et la personne va voir un pneumologue, un cardiologue… avant d’arriver ici ». La crise de panique n’est pas anodine : 9 % de la population va faire une attaque de panique dans sa vie. La phobie sociale (la peur de parler en public, d’aller dans les lieux publics…), elle, touche 11 à 12 % de la population.

En 2012, le « Thermomètre des Belges » sur l’état psychologique de la population – et dans lequel le Dr Pitchot livrait une analyse – révélait que 5 % des Belges francophones sont dans un état dépressif sévère ou modérément sévère. Parmi eux, les jeunes (de 18 à 25 ans) sont plus nombreux que les plus âgés (61 ans et plus) : 9 % contre 1 %. Les tentatives de suicide diminuent aussi avec l’âge : 14 % des 18 à 25 ans, 9 % pour les 26 à 35 ans et 7 % pour les 36 à 60 ans…

« On ne nous dit pas ce qui rend heureux ! »

Pour le Pr Luts, « les jeunes sont face à des parents qui doutent très tôt : ils refusent d’acheter un GSM à leur gamin mais quand celui-ci leur dit que tous ses copains en ont un, ils hésitent. Les parents ne savent plus quelles valeurs adopter et c’est une source d’anxiété pour leurs enfants. Pour être réconforté, il faut quelqu’un de solide en face. Or, les parents eux-mêmes sont inquiets : “Ma mère stresse presque plus que moi parce que je n’ai pas de boulot” pensent certains  ». Il poursuit : « La société est extrêmement prescriptive : tout le monde sait qu’il faut manger 5 fruits et légumes par jour, faire du sport, ne pas fumer, ne pas boire. On nous dit tout ce qu’on ne peut pas faire mais pas ce qui rend heureux ! Qu’est-ce que je peux encore² faire ? Créer ma famille ? On n’a plus de modèle et pas toujours l’argent ! Quand j’ai terminé mes études, tout le monde achetait une maison mais aujourd’hui les exigences des banques sont horribles. Il n’y a plus beaucoup de place pour le plaisir. Si vous en prenez, on vous le reproche et celui qu’on aimerait avoir comme modèle est lui-même dans le doute ».

Pour le Dr Pitchot, la situation actuelle des jeunes doit interpeller le monde. « Il faut faire preuve de créativité au niveau politique. C’est une vraie priorité. Il est urgent de redonner espoir à cette génération. » A l’approche des élections, l’appel est lancé.

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