Première mondiale en Belgique: de l’os construit avec de la graisse

C’est une première mondiale qui pourrait constituer une véritable révolution contre les fractures : des scientifiques de l’UCL viennent de mettre au point une technique pour créer de l’os artificiel à partir de cellules-souches prélevées dans la graisse du patient. Ces cellules-souches sont cultivées et multipliées trois mois avant d’être réimplantées là où l’os du patient manque. Développée pour des patients pour lesquels aucune solution n’était plus disponible, notamment des enfants atteints d’un cancer des os, cette technique, qui produit une sorte de plasticine que l’on peut modeler à la forme du vide à combler, pourrait être étendue à d’autres patients qui éprouvent des difficultés à « faire de l’os ».

500 fois plus de cellules

« Notre découverte provient de la volonté de trouver des solutions notamment pour de jeunes patients qui avaient été opérés de cancer des os. Nous pouvons procéder à une greffe avec de l’os de donneurs, mais celui-ci est fixé avec des plaques de métal qui ne peuvent empêcher qu’il y ait une faiblesse à la jonction. Avec un risque de fracture très élevé. Leur confort de vie est souvent très dégradé, avec l’obligation de porter un plâtre », explique le professeur Denis Dufrane, coordonnateur du centre de thérapie cellulaire et tissulaire des Cliniques universitaires St-Luc.

Parmi les techniques de médecine régénérative, il y a bien entendu les cellules-souches. « Pendant soixante ans, la recherche s’est portée sur les cellules-souches issues de la moelle. Mais les résultats sont décevants pour fabriquer de l’os. » L’équipe évalue alors toutes les sortes de cellules-souches : « Nous avons découvert que la graisse comportait 500 fois plus de cellules-souches que la moelle. Elles pouvaient en outre se différencier en os et résistent parfaitement à la privation d’oxygène et de vaisseaux sanguins. Nous avions donc le sentiment d’avoir trouvé la brique idéale pour reconstruire de l’os. » Pendant plusieurs années, l’équipe a vérifié que ces cellules pouvaient se développer dans une « salle blanche », qui puisse garantir température, humidité et pression qui rendent improbable toute contamination.

Après prélèvement de quelques grammes de graisse par une ponction quasi indolore, jusque sous le nombril, les cellules y sont d’abord multipliées. Dans un deuxième stade, on leur incorpore une poudre d’os déminéralisé, donc biologiquement neutre, afin de parvenir à une sorte de matrice souple et de couleur jaunâtre. « La taille varie évidemment en fonction de sa destination, mais elle dépasse rarement quelques centimètres carrés. » Elle a été baptisée Creost, puisqu’elle crée littéralement de l’os…

Les chercheurs ont ensuite mené des tests animaux prolongés sur des porcs, qui ont démontré que cette matrice, une fois implantée dans le « trou » de l’os, arrivait à le combler, tandis que là où la nature n’était pas aidée, l’os ne développait qu’une fibrose trop fragile pour soutenir les pressions exercées.

Sur base de cette réussite, l’équipe a ensuite utilisé la technique chez onze patients. Huit patients souffraient de maladies qui empêchent une recréation osseuse spontanée, par exemple après certaines tumeurs osseuses ou des maladies métaboliques comme le syndrome de Blackfan-Diamond. Trois autres patients souffraient de dégénérescence du disque intervertébral lombaire. La matrice est alors insérée exactement là où il faut soutenir la fusion de deux vertèbres. « Nous sommes très enthousiastes car tous les patients ont vu leur os se reconstituer, sans plus subir de fractures. Leur qualité de vie s’est incontestablement améliorée. Imaginez que ces patients devaient subir des fractures à répétition, de multiples interventions et de longues périodes d’hospitalisation. »