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Les adoptions ont baissé de moitié en dix ans

Les pays d’origine des enfants ont changé: l’Afrique du Sud remplace la Chine.

Journaliste Sciences et Santé Temps de lecture: 4 min

La diminution (plus de 50 % en dix ans) du nombre d’enfants adoptés en Belgique – ainsi que le révèlent les chiffres fournis par le cabinet de la ministre de l’Aide à la jeunesse Evelyne Huytebroeck – peut s’expliquer par divers paramètres. Pour Didier Dehou, directeur de l’autorité centrale communautaire (ACC) au ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui chapeaute les adoptions en Belgique, « les pays d’origine qui étaient les plus importants avant sont aujourd’hui des pays émergents. Leur situation économique va globalement mieux. En conséquence, il y a moins d’abandons d’enfants et une hausse de l’adoption nationale ». En effet, la Convention de La Haye relative à l’adoption des enfants prévoit une double subsidiarité à l’adoption internationale : il faut tout faire pour que l’enfant reste dans sa famille et si cela n’est pas possible, il faut privilégier l’adoption nationale. Petit à petit, les pays d’origine commencent à appliquer ce principe. C’est le cas de la Chine qui a assoupli sa politique de l’enfant unique. Résultat, le nombre d’enfants chinois adoptés en Belgique est passé de 140 en 2005 à zéro l’an passé. Par ailleurs, « les candidats adoptants souhaitent adopter des enfants entre 0 et 3 ans en plus ou moins bonne santé. Or ce profil n’est pas extensible et c’est celui que privilégient les candidats adoptants nationaux. Ce type de profil diminue donc », poursuit Didier Dehou.

Si la diminution du nombre d’enfants à adopter est due à une amélioration des conditions de vie dans le pays d’origine, on ne peut que s’en féliciter. « C’est le paradoxe de notre métier : on doit se réjouir d’avoir moins d’adoption dans un pays parce que c’est le signe que ça va mieux même si cela complique les choses pour les familles qui souhaitent adopter un enfant…  », confie Didier Dehou. Mais ne faisons pas d’angélisme, dans certains pays, la diminution du nombre d’adoptions est simplement due à un changement de législation sans que cela soit fait dans l’intérêt de l’enfant. « Quand le Mali change son code de la famille sous la pression des islamistes, on sait que les enfants restent dans les pouponnières. Idem lorsque le président du Bélarus estime du jour au lendemain qu’il n’y aura plus d’adoptions internationales uniquement parce que l’adoption constitue un aveu de faiblesse… », déplore le directeur de l’ACC.

Mais la diminution du nombre d’adoptions n’est-elle pas due au fait qu’il est de plus en plus compliqué d’adopter ? « L a Belgique est un pays spécialement contrôlant : nous n’établissons pas de partenariats avec n’importe quel pays. Il faut que le pays ait des besoins et nous devons être sûrs que les enfants soient bien adoptables. Concernant les candidats adoptants, nous en avons moins car les gens savent qu’il y a tout un parcours à suivre, mais la grande majorité de ceux qui vont jusqu’au bout du processus parvient à adopter un enfant  », explique Dehou.

Quelles solutions ?

Face à la pénurie d’enfants à adopter, les organismes doivent se tourner vers de nouveaux pays : « L’année passée, c’était la Moldavie et cette année je compte ouvrir la Bulgarie et le Guatemala, mais cela nécessite beaucoup de temps », raconte Véronique Wauters, directrice de l’organisation « A la croisée des chemins ».

Elle pense que « l’adoption internationale vit ses dernières années : les temps d’attente sont plus longs, les enfants adoptables sont plus grands et en moins bonne santé car les pays d’origine trouvent des solutions au niveau national. Et cela ne se fait pas toujours avec de bonnes motivations. Certains pays comme la Russie financent les gens qui adoptent ; c’est une volonté politique de repeupler le pays ».

Pour elle, la solution passe par la Belgique : en 1987, la déclaration d’abandon – intégrée dans le code civil – permettait de déclarer « adoptable » un enfant placé qui n’avait plus reçu de visite depuis un an (six mois en ce qui concerne les enfants de moins d’un an). Cette possibilité a été retirée du code civil à la fin des années 90. Pour Véronique Wauters, il faudrait la réinstaurer. Un avis que ne partage pas le service de lutte contre la pauvreté : « Le but de cette déclaration était de viser les enfants résidant en institutions. Or les demandes n’ont été faites que par des familles d’accueil. Et puis pour qu’un enfant puisse être adopté, il faut que les parents donnent leur accord, ce qui n’était pas le cas avec cette déclaration », précise Françoise De Boe, coordinatrice.

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