Doulkeridis: «La Région bruxelloise sort renforcée de cette législature»

Christos Doulkeridis (Ecolo) se félicite dresse un bilan positif de cette législature marquée par la 6e réforme de l’Etat. Les nouvelles compétences qui seront transférées à la Région l’été prochain permettront à la Région d’être renforcée, au bénéfice de ses habitants, estime le secrétaire d’Etat au logement de la Région bruxelloise et président du collège de la Commission communautaire française (Cocof).

La réforme institutionnelle fait peur. Pas à vous ?

Cette législature a été stratégique pour la Région bruxelloise. Il y a un avant et un après. La première étape aura été la création de la Région, mais elle s’est faite aussi sous certaines contraintes : un sous-financement lié aux limites de la Région, une complexité institutionnelle imposée par les mêmes qui, en Flandre, reprochent aujourd’hui à la Région bruxelloise d’être trop complexe. Pour moi on peut supprimer les commissions communautaires. Sous cette législature, il y a un tournant : correction progressive du sous-financement, reconnaissance de Bruxelles comme une région à part entière, pas de création de sous-nationalités dans le cadre des transferts de compétences…

Ce sont des éléments qui vont dans le bon sens et marquent un virage dans les anciens équilibres. La Belgique est pour nous un Etat fédéral composé de Régions à part entière, solidaires et interdépendantes. A part entière, cela veut dire que chaque région est égale en importance, solidaire parce qu’on ne vit pas dans des mondes séparés et interdépendantes parce que ce qui se passe en Flandre ou en Wallonie nous concerne. Les bassins d’emplois sont plus larges et génèrent des flux qui transcendent les frontières. A partir de là, constatons que la réforme a permis à la Région d’obtenir des compétences communautaires et communales supplémentaires. C’est une très bonne nouvelle parce que la région est renforcée. C’est donc très bien pour les habitants.

Didier Gosuin (FDF, opposition) parle, lui, de transferts d’austérité.

Tous les niveaux de pouvoirs sont obligés d’être plus efficaces dans leur gestion. Je ne comprends pas l’analyse du FDF. On a obtenu des revendications qui étaient portées par les Bruxellois en faisant des ponts avec les Flamands et les Wallons. On ne va quand même pas se plaindre d’avoir plus d’autonomie dans l’exercice des compétences.

Vous dites qu’il faut supprimer la Cocom, la Commission communautaire commune, mais elle va être renforcée avec le transfert des allocations familiales.

Oui, et nous n’étions pas favorables à ce transfert-là. Mais la Cocom, c’est quoi ? C’est la Région ! Quand je dis qu’il faut supprimer la Cocom, c’est pour une question de lisibilité. La double majorité ne me pose pas de problème, mais il n’est pas nécessaire de créer une institution pour cela. Quand je dis qu’on peut supprimer la Cocom ou la Cocof, c’est pour dire qu’on est prêt à assumer des compétences communes entre francophones et néerlandophones. Bruxelles doit se faire respecter, mais aussi avoir des relations avec les autres niveaux de pouvoirs et les autres Régions.

Quelles sont les avancées principales de la réforme ?

En mobilité, la Région joue désormais un rôle en vue. On est sorti de la relation parfois conflictuelle entre les communes. Même chose pour le stationnement. Pour la première fois aussi, Bruxelles a été entendue dans le dossier SNCB, au même titre que les deux autres Régions. En logement, on a décidé de fusionner les sociétés de logement social. On passe de 33 à 15. Cette réforme a même été soutenue par le FDF. C’est aussi une révolution.

En tourisme, on a renforcé le rôle de la Région en lui confiant cette compétence à haute valeur économique. On a créé aussi un outil pour chapeauter le secteur. Il faudra aller vers quelque chose de fondamental : à savoir que la taxation des infrastructures hôtelières, aujourd’hui communale, passe dans le giron régional. Cette législature a donc permis de renforcer le rôle de Bruxelles au profit de ses habitants. Ecolo et Groen ont joué un rôle d’aiguillon dans cette mutation. On vit dans une société où tout le monde peut critiquer et contester ce qui est fait, mais un moment donné, il faut être capable de porter des réformes. C’est une des caractéristiques d’Ecolo : réformer pour un mieux.

Sur quels dossiers estimez-vous qu’on aurait pu aller plus loin ?

On a beaucoup parlé du boom démographique, mais moins du vieillissement de la population. On va avoir une augmentation du nombre de personnes qui sont en dehors de la vie active. Le rapport entre les personnes actives et inactives va donc se tendre encore plus. Les actifs vont devoir financer de plus en plus de gens qui bénéficient d’une allocation de remplacement. Or, Bruxelles est la Région qui compte le plus de forces vives. Au lieu de toujours présenter cela comme un handicap, on doit le voir comme une chance. On doit choyer la jeunesse et faire en sorte qu’elle bénéficie de la meilleure formation. Ce sont eux qui vont payer les retraites.

Si on ne fait pas ça, tout le monde paiera l’addition. On doit tenir compte, dans les années qui viennent, de cette situation. Il y avait une revendication portée par Ecolo et qui n’a pas abouti, c’est la régionalisation de la compétence biculturelle qui existe au fédéral. Bruxelles doit investir dans l’enseignement bilingue. C’est aussi parce qu’on n’investit pas assez dans l’enseignement qu’on doit investir dans la formation professionnelle. On n’a pas la compétence, mais on doit mettre ça en chantier en collaboration avec les deux communautés.

D’où la nécessité d’avoir des majorités miroirs ?

Je ne sais pas si c’est fondamental. On doit être capable, au-delà de ses affinités, de travailler avec les autres. C’est à nous, politiques, de faire ce travail d’articulation. Ce que je souhaite à l’avenir, c’est que Bruxelles soit mieux représentée au sein du gouvernement de la Communauté française. Il faut au moins un ministre bruxellois au sein du kern (NDLR : le ministre-président et ses vice-présidents soit Demotte, Marcourt, Nollet et Antoine).

Qu’auriez-vous souhaité encore mener à bien ?

Nous aurions préféré que la formation professionnelle soit totalement régionalisée. Il y a une logique à coupler emploi et formation professionnelle. Ici, on jongle entre la Région, les Communautés… Les Bruxellois sont sur le même marché de l’emploi. Nous souhaitions aussi aller plus loin en matière d’infrastructures sportives. Est-ce cohérent d’avoir des piscines communales ? Il y a des tarifs différents suivant la commune où on habite. Il n’y a pas de cohérence régionale sur les heures d’ouverture. On pourrait imaginer des complémentarités en la matière. Nous sommes prêt à avoir une politique sportive qui soit régionalisée.

N’êtes-vous pas inquiets quand vous entendez qu’on dit qu’Ecolo est déjà battu aux élections ?

Qui dit ça ? Les journalistes ? Ceux qui saluent l’arrivée d’une vice-Première sur les listes régionales comme une bonne nouvelle ? C’est très méprisant.

Ce n’est pas une bonne nouvelle d’avoir Joëlle Milquet sur les listes à la Région ?

Dire ça montre que tout le discours sur le fait qu’il faut soutenir les Régions ne passe pas encore. On continue à valoriser de manière un peu étrange les hommes et les femmes politiques qui évoluent au niveau fédéral aux dépens de ceux qui travaillent à la Région. Je ne voudrais pas qu’on fasse comme Armand De Decker en son temps : être élu à la Région et retourner au fédéral ensuite. Il y a des gens de qualité qui travaillent à Bruxelles depuis des années et qui ont obtenu des résultats concrets. Je ne vois pas ce qu’il y a de positif de voir débarquer quelqu’un du fédéral sur les listes à Bruxelles uniquement par calcul politique.

La campagne a déjà commencé ?

La campagne commence tôt et on sent bien que, comme ce sont des élections qui concernent tous les niveaux de pouvoir, les coups pleuvent. Nous estimons qu’il est plus intéressant de continuer à travailler. Il y a des dossiers importants qui doivent encore avancer. Des débats de fond sont devenus des débats préélectoraux. J’ai notamment l’impression que le MR a choisi la posture agressive qui consiste à noircir de manière grossière les autres partis. Tout le monde est nul, selon le MR qui trouve une alliance vers deux partis flamands qui ne l’ont pourtant pas épargné : la N-VA et le CD&V. Mais je comprends bien ce qui a motivé ça, en tout cas si on analyse les trois propositions principales des interventions du MR : 1. Etre au pouvoir partout ; 2. Etre au pouvoir partout ; 3. Etre au pouvoir partout. Ils sont prêts à tout pour voir ces trois propositions être réalisées. J’espère qu’ils feront aussi une campagne de propositions.