Karin Viard: «Julie Gayet, ce n’est pas Zahia!»

2014 est l’année Karin Viard  : l’actrice est à l’affiche de deux films, « Lulu femme nue » et « L’amour est un crime parfait ». Entretien.

Journaliste au service Culture Temps de lecture: 6 min

Karin Viard a la pèche. En 2013, elle a enchaîné les tournages. Les films sortent cette année : Lulu femme nue , de Solveig Anspach, L’amour est un crime parfait , des frères Larrieu, On a failli d’être amies , d’Anne Le Ny, Week-end , d’Anne Villacèque et La famille Bélier , d’Eric Lartigau. L’actrice n’oublie cependant pas qu’elle est une intermittente du spectacle et que cela peut s’arrêter. Mais fonctionner au désir lui réussit plutôt très bien.

2014, année Karin Viard ?

Oui, mais hasard de calendrier. Je ne suis pas devenue boulimique. J’aurais mieux aimé que les choses soient plus équilibrées car l’année d’avant, je n’avais pas tourné. Mais je suis assez vernie. Comment refuser de bons projets. Il y a des rôles qui donnent envie. Mais je n’accepte plus des rôles formidables dans des films moyens. C’est stérile. Tout le monde s’en fout. Il vaut mieux un moins bon rôle dans un très bon film.

Vous avez le nez fin vu votre filmographie !

C’est vrai. Je fais ce qui me plaît et j’ose refuser ce qui ne me plaît pas. Je n’ai jamais fait des choix d’argent. Et pourtant, j’ai eu des propositions où je pouvais demander ce que je voulais. Je ne peux pas ! Je paierais trop cher mon intégrité artistique. Je ne sais pas comment jouer un truc que je n’aime pas, même si je suis payée un pont d’or.

Parlons de « Lulu femme nue » et de « L’amour est un crime parfait ». Qu’est-ce qui vous a touché dans ces deux personnages ?

Dans le film des frères Larrieu, c’est une fille très sophistiquée, stylisée, mystérieuse, troublante, frustrée, avec une sexualité qui affleure. Dans le film de Solveig Anspach, il s’agit d’une femme qui est de la couleur des murs et qui, au fil du film, va se colorer et commencer à exister. Voilà deux féminités différentes et c’est ça que j’aime. Ouvrir le champ des possibles.

Face à un personnage, entrez-vous en introspection ?

Ça dépend des rôles. Pour Lulu, je suis de tous les plans. C’est le personnage qui fait le film. Le film évolue au même rythme que moi. Je me laisse donc aller dans l’intuitif. Grâce à la confiance qui existe entre Solveig et moi, elle me filme en train de respirer. Et c’est une chose extraordinaire pour un acteur. Car c’est très confortable. Mais il faut une qualité de disponibilité énorme. Mon travail était d’être la plus perméable possible. Ça, ça se travaille. C’est une femme qui se colore petit à petit. Il fallait avoir en tête le plan précis du film pour savoir quelle couleur exprimer pour tel plan. Je devais être dans une sorte d’innocence.

Pour le film des frères Larrieu, je suis secondaire mais j’ai une fonction par rapport à Mathieu Amalric, mon frère dans le film. On a un rapport hyper trouble. J’étais donc obligée de me raconter une histoire pour comprendre ce que racontait chaque scène.

Enchaîner des rôles différents permet-il de se trouver ?

Je ne sais pas si on se trouve, mais ça permet de s’interroger, se positionner, se regarder, se voir. Rarement, les gens se voient marcher, parler, exister. La chose la plus troublante est de se voir faire l’amour pour de faux à l’écran. On se le prend en pleine poire quand on est actrice. Du coup, on est obligé de faire avec cette conscience-là.

S’habitue-t-on à soi-même ?

Oui. Moi, je ne suis pas trop dans le jugement. Je ne suis pas trop tyrannique avec moi-même. Il y a des films dans lesquels je m’aime moins, d’autres où je m’aime beaucoup. J’ai un grand niveau d’exigence. Puis, on se voit vieillir, ce n’est pas flatteur, ni marrant. Faut l’avaler. C’est comme ça.

Avec « Lulu femme nue », vous retrouvez Solveig Anspach des années après « Haut les cœurs ! ». De quelle manière cette rencontre fut-elle importante ?

Ce fut une rencontre majeure. A l’époque de « Haut les cœurs ! », j’étais étonnée qu’elle me propose ce rôle. Ce fut une aventure très forte qui a changé pas mal de choses et notamment le regard qu’on posait sur moi. Jusque-là, j’étais la fille sexy et rigolote qui avait la pèche, une belle vitalité. Avec le film de Solveig, on s’est dit qu’on pouvait me confier des rôles plus tragiques, plus sombres et que j’étais plus ambivalente que ce que je semblais être. Ça m’a ouvert une grande porte. Cette rencontre reste encore déterminante pour moi aujourd’hui. On a un niveau d’amitié, de complicité, de confiance qui nous permet de raconter des histoires en dessous de celles qu’on raconte.

Si je vous dis Bouli Lanners, votre partenaire dans « Lulu femme nue » ?

Mon ami liégeois. Je l’adore. Il est tendre, amical, intelligent et poétique. Je suis très à l’aise avec lui. J’aimerais beaucoup tourner dans ses films. Il n’y a que lui pour filmer la Belgique comme la Toscane. Je n’arrête pas de lui dire : « Ecris-moi un rôle de garçon si tu ne sais pas m’écrire un rôle de fille ! » La Belgique est mon pays de cœur. Vous êtes irrésistibles.

Qu’attendez-vous du partenaire ?

Qu’il soit amical et qu’il me rende libre. Qu’il ne me rende pas otage de ses affects.

Votre réalité d’aujourd’hui est-elle à la hauteur du rêve de petite fille que vous aviez ?

Non, elle est bien au-delà ! Je n’aurais pas rêvé si haut. J’ai toujours eu envie de faire ce métier. J’ai choisi le bon métier. Même si j’ai une forte personnalité, que je n’ai pas ma langue dans ma poche, que je suis franche et directe, en même temps, je suis vraiment celle qui, sur la piste de danse, attend qu’on l’invite. Je suis sur ma chaise, je fais des sourires, j’attends. C’est tout à fait la fonction de l’actrice. Prendre le pouvoir ne m’intéresse pas. Je préfère être libre.

Quel genre d’actrice êtes-vous ?

Je me vois comme très facile et très docile. Dès que je dis ça aux metteurs en scène, ils éclatent de rire et disent : « Mais tu ne te vois pas ! » Je ne comprends pas pourquoi.

Vous avez défendu Julie Gayet lors d’une interview. Pourquoi ?

Vu ce qui se passe, il y a des choses qui circulent du style « Julie Gayet existe juste parce qu’elle couche avec François Hollande ». Moi, je dis simplement que Julie Gayet est une actrice comme moi, elle existe, joue, fait des documentaires, est productrice, est militante d’un certain cinéma. Ce n’est pas Zahia ! Je ne peux pas laisser dire qu’une actrice de ma génération est une grue qui se tape le président de la République pour exister. Ça m’agresse. En tant que femme et en tant qu’actrice.

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