Bonnes pratiques pour sortir les SDF de la rue

Pour de nombreux chercheurs, le travail hors champ académique est un luxe. A Charleroi, Marjorie Lelubre a eu la chance de pouvoir opérer en conditions réelles. Pendant quatre ans grâce à un financement régional engagé par le ministre wallon de tutelle Jean-Marc Nollet (Ecolo), elle a abordé l’accompagnement social des SDF en relogement, pour le compte du Relais social où elle était en fonction.

Dans le livre de synthèse qu’elle vient de publier aux éditions du Basson, la chercheuse détaille les bonnes pratiques pour obtenir des taux élevés de retour à l’autonomie. Elle s’appuie sur son suivi de 33 personnes de la rue auxquelles on a donné l’opportunité d’habiter un lieu. « Je suis allée à leur rencontre, un dialogue s’est noué et régulièrement, nous avons fait le point sur leur évolution. Cela m’a permis d’identifier les freins et les obstacles à leur réinsertion. »

Au bout du compte, 20 de ces SDF ont retrouvé une stabilité sociale et même un job dans cinq cas, selon Marjorie Lelubre. « Bien au-delà des quatre murs et du toit qu’ils avaient sur la tête, c’est la qualité de l’accompagnement social qui les a aidés à quitter la rue. »

Jean-Marc Nollet l’a souligné, en sa double qualité de responsable du Logement et de la Recherche : « La politique a besoin d’être alimentée en données objectives pour pouvoir avancer. »

Et c’est bien ce qu’a apporté le travail de Marjorie Lelubre, aux confins de l’action sociale et du logement.

« Sous cette législature, la réforme du code du wallon du logement étendu à l’habitat durable a mis à jour de nouveaux leviers de réinsertion. C’est ainsi que la fonction de référent social est apparue dans les sociétés de logement public : à l’écoute des locataires sociaux, ces travailleurs servent de trait d’union avec les sociétés, aident les personnes en difficulté à sortir de l’ornière, préviennent des situations de surendettement ou d’arriérés de paiements de loyer. Leur utilité n’est plus à démontrer. D’ailleurs, 62 des 64 sociétés de logement des Wallonie disposent de référents sociaux », dit le ministre.

Autre exemple : les capteurs de logement. C’est au Relais social de Charleroi qu’a été mis en place ce projet pilote, qui va s’étendre dans d’autres villes, notamment à Mons. La mission du capteur est de convaincre les propriétaires de biens inoccupés de les remettre sur le marché locatif. Avec des arguments sociaux mais surtout économiques convaincants : la garantie du paiement de leur loyer, la prise en gestion de leur maison voire sa rénovation avec l’aide de subsides régionaux. Et ça marche : en un an, la capteuse carolo a ouvert 69 dossiers, dont 25 pour le Relais social. Seize précaires ont retrouvé un domicile alors qu’ils vivaient dans la rue.

Profitant de la présence du ministre, la présidente du Relais Sophie Crapez et la coordinatrice Suzanne Huygens lui ont suggéré d’étudier le financement d’un autre projet de recherche : quels sont les freins et les incitants à la remise sur le marché locatif de biens immobiliers inoccupés ?

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