Manif pro-avortement: les femmes disposent de leur corps

Pour nombre de femmes en Europe occidentale, le féminisme était considéré comme dépassé. La libre disposition de son corps, la gestion de sa sexualité et de sa maternité selon son désir et sa volonté, une égalité si pas complète et reconnue, en tout cas revendicable et revendiquée, paraissaient garanties. Et puis, il y a quelques semaines, ce fut la stupéfaction en réalisant qu’il suffisait d’une volonté politique, de quelques minutes en fait, pour que ces droits qu’on croyait acquis et bétonnés par la marche en avant des conquêtes féminines, soient remis en question. Qui plus est, en Espagne, un pays voisin, qui pourrait être le nôtre.

C’est soudain toute l’histoire de ce combat, le courage de ceux qui ont agi il y a plus de trente ans, dans la clandestinité pour aider des femmes emmurées dans leur détresse, à gérer les grossesses non désirées, qui retrouvent leur gravité, leur caractère crucial et hélas leur urgence. C’est la figure du Dr Peers, qui a passé trois semaines en prison pour avoir avoué plus de 200 avortements et dont le combat est à l’origine de la dépénalisation belge en 1989 – hier ! –, ce sont ces médecins inculpés pour des avortements illégaux, risquant la prison et la radiation qui nous reviennent en mémoire avec non plus, le sentiment de gratitude face au travail accompli, mais la peur qu’ils n’aient pas gagné définitivement leur, et notre combat.

Ceux qui vont manifester ce mercredi à Bruxelles de l’ambassade d’Espagne vers le Parlement européen, et qui prendront le Train de la liberté le 1er février, pour faire plier le gouvernement espagnol, ne sont pas des « pasionarias ». Ce sont les indispensables militants du droit fondamental des femmes à disposer de leur corps. Nous ferons ici nôtre le texte d’une pétition de femmes adressées au gouvernement Rajoy : « Le droit des femmes à disposer de leur corps est le signe principal de l’émancipation des femmes dans la société. Sans liberté de disposer de son corps, il n’est pas possible d’imaginer l’égalité dans le couple, ou la famille, l’égalité dans l’entreprise ou dans la sphère politique. Refuser ce droit fondamental aura des conséquences graves en termes de santé publique, pour les femmes qui chercheront à se faire avorter clandestinement. » Jamais nous n’avions imaginé devoir à notre tour nous battre pour préserver cette évidence.