«Jacky au royaume des filles», un ovni dans le cinéma français

Après le succès des Beaux gosses , Riad Sattouf revient avec une farce burlesque gonflée où il imagine le monde à l’envers.

Etes-vous un militant pour l’égalité des sexes ?

Je ne fais partie d’aucun mouvement politique mais je suis pour l’égalité des sexes. C’est le sujet qui m’obsède et fait que j’ai envie de raconter des histoires. Le fait qu’en Europe, ça va un peu mieux, on minimise le sujet. Mais sur le reste de la planète, rien n’est réglé ! La vraie égalité entre filles et garçons arrivera quand les garçons arrêteront de vouloir être des garçons avec les attributs de la virilité.

Cette réflexion vient d’où ?

Sans doute de l’enfance et l’adolescence. Je me foutais du foot, de la bagarre. Je suis né en Syrie mais ma mère est bretonne. J’ai appris le français avec elle et je parle avec une voix très efféminée depuis que je suis enfant. Donc je me faisais traiter de pédé par les autres enfants. C’est d’une violence incroyable quand on ne correspond pas à des stéréotypes. On est mis au ban.

Jacky est votre propre version de Cendrillon, c’est-à-dire ?

Car « Cendrillon » est le conte de la domination masculine. Il compile tout le conditionnement des petites filles. C’est le conte du patriarcat. On vit encore fort dans le mythe du prince charmant. Petit, je me demandais si cela voulait dire qu’une fois grand, je serais prince charmant et pourrais choisir parmi 200 filles. Je me demandais où étaient les autres garçons, pourquoi Cendrillon qui était maltraitée ne se rebellait pas, pourquoi elle veut absolument aller au bal, pourquoi le prince choisit Cendrillon qui est soumise et sans personnalité ?

En transférant le pouvoir aux femmes, que cherchez-vous ?

Je voulais que tous les éléments de domination (loi, famille, religion, sexe, langue) mis ainsi en évidence fassent prendre conscience aux spectateurs de l’absurdité de tout ça. Je voulais le brusquer. Pourquoi la Coupe du monde foot est-elle exclusivement masculine ? C’est très étrange.

Pourquoi au cinéma ?

Je le fais aussi en bande dessinée avec mon personnage Pascal Brutal, un abruti ultraviril. C’est ma manière de me moquer du pouvoir masculin.

Vous dénoncez toute forme de totalitarisme ?

Oui. La famille n’est-elle pas le premier Etat totalitaire ?! Peut-on faire une vraie révolution politique sans passer par une révolution des mœurs ? Moi, je pense que les vraies révolutions, elles doivent d’abord se faire dans les familles. Il faut s’opposer au conservatisme familial pour pouvoir aller de l’avant. Quand la France est descendue dans la rue contre le mariage gay, pour moi, c’était la honte. Car c’est une manière de nier le savoir et la science. Il y a quand même des preuves scientifiques sur le conditionnement des filles et des garçons. On sait que c’est culturel.

Pourquoi Charlotte Gainsbourg ?

C’est une héritière d’artistes prestigieux qui a dû s’imposer. Elle représente quelque chose d’un peu aristocratique dans l’esprit des gens. Elle était idéale dans ce rôle d’héritière contrariée.