Emily Hoyos: «L’Onem laisse les jeunes à l’abandon»

ENTRETIEN

Depuis ce lundi, l’Onem contrôle les jeunes diplômés, avant même qu’ils touchent les allocations de chômage. Et s’ils ne font pas d’efforts suffisants pour trouver du travail, le droit aux allocations leur est refusé, jusqu’à ce qu’ils apportent la preuve de ces démarches.

Cette information (Le Soir de mardi) a fait bondir Emily Hoyos, la coprésidente d’Ecolo. Qui émet une contre-proposition, qui sera intégrée dans le programme électoral des verts.

Qu’est-ce qui vous dérange dans ces contrôles de l’Onem ?

C’est Kafka qui s’abat sur les jeunes diplômés et non diplômés.

Pourquoi ?

Parce que la morosité économique est là, il y a peu d’emplois disponibles et, d’un coup, l’Onem évalue les jeunes, qui sont la catégorie la plus touchée par le chômage. Et je rappelle que ces mesures ont été prises dans des négociations budgétaires, dans le but de faire des économies, pas d’aider les jeunes.

Vous ne pensez pas qu’un contrôle peut les inciter à entreprendre des recherches sans être livrés à eux-mêmes ?

Je ne pense pas que cela réjouisse beaucoup de jeunes de se trouver dans cette situation. Et une nouvelle fois, le fédéral se déresponsabilise des effets de sa politique : il a mis en place un stage d’insertion mais, là-dedans, il n’est question ni de stage, ni d’insertion. Les jeunes sont laissés à l’abandon, puis éventuellement sanctionnés. L’Onem va bêtement contrôler des lettres. Il n’y a là aucun aspect qualitatif. C’est une manière brutale de renvoyer les jeunes aux CPAS et aux pouvoirs locaux. Les CPAS sont le Samu social du fédéral.

Vous critiquez, mais que proposez-vous ?

Nous demandons la création d’un contrat-jeunes. Et ce n’est pas une parole en l’air : ce sera dans notre programme électoral.

Et cela consiste en quoi ?

A donner du sens aux mots stage d’insertion. Nous proposons aux jeunes qui le veulent un contrat à mi-temps dans une commune, un CPAS, une maison de repos, un centre culturel ou toute autre organisation avec une valeur ajoutée sociétale.

Ce serait rémunéré ?

Bien sûr. Avec les stages qui prolifèrent et la peur de ne pas avoir d’emploi, trop de jeunes se retrouvent avec des stages non rémunérés. Les jeunes auront donc droit au salaire minimum. Cela leur permettra de mettre une première corde à leur arc et d’avoir de premiers contacts avec des candidats employeurs.

Cela va coûter cher ?

90 millions d’euros par an, d’après nos évaluations.

Et qui va payer ?

L’Etat fédéral.

Un peu facile, non ?

Non, parce que le fédéral est compétent pour les allocations d’insertion et le restera après la réforme de l’Etat. Et grâce à ces stages, des jeunes vont trouver du travail et ne devront donc pas toucher d’allocations d’insertion. C’est donc une économie pour le fédéral. Il y a donc une logique à ce qu’il prenne en charge ces stages. D’autre part, je rappelle que la logique de laisser les jeunes sans soutien et de les sanctionner n’est pas normale. Il faut donc adjoindre à cela une possibilité pour ce public touché par le chômage de trouver du travail.

Pourquoi exigez-vous des emplois à connotation sociale ? Ouvrir votre système à tous les emplois ne doperait pas ses chances ?

Nous voulons éviter que des patrons abusent du système et remplacent des emplois existants par ces contrats-jeunes. Le but n’est pas de détruire l’emploi mais d’en donner à ceux qui en sont exclus.

Sur le même sujet
SocialSamusocial