Les Suisses tentés par un «zut» à l’UE

Les Suisses votent ce dimanche sur la restauration de quotas d’étrangers ou «contre l’immigration de masse».

Chef du service Monde Temps de lecture: 4 min

Dans l’Union européenne, l’heure est décidément aux référendums. Il y a les référendums déjà fixés de ceux qui veulent quitter leur État actuel pour mieux réadhérer, indépendants, à l’UE : l’Écosse, qui votera le 18 septembre prochain, et la Catalogne, le 9 novembre. Il y a aussi le pays qui votera – peut-être : voir notre dossier du 1er février – sur une éventuelle sortie de l’Union européenne : le Royaume-Uni, dont le Premier ministre David Cameron a promis un référendum en 2017.

Enfin, il y a un référendum que peu de monde a remarqué . Il se tient ce dimanche : c’est la « votation » qui pourrait avoir comme effet la sortie de la Suisse de l’Union européenne. La Suisse, membre de l’Union européenne ? Corrigeons : la Suisse, membre de l’Association européenne de libre-échange, est associée à l’Union européenne par une batterie d’accords bilatéraux qui en font un quasi 29e membre de l’Union, mais qui ne participe pas à sa structure décisionnelle. Sur une initiative orchestrée par l’Union du centre (UDC), le parti populiste et xénophobe dirigé par le bouillant homme d’affaires Christoph Blocher, les Suisses se prononceront dimanche sur un texte « contre l’immigration de masse ».

L’opposition à l’immigration est le fonds de commerce de l’UDC : le parti avait déjà réussi en 2009 à faire approuver par les Suisses une interdiction des minarets. Le texte soumis à votation ce dimanche imposera, en cas de victoire du « oui », de réintroduire une limitation par quotas annuels du nombre d’étrangers autorisés à venir travailler en Suisse. Et, selon le texte du projet, « aucun traité international contraire au présent article » ne pourrait être conclu par la Confédération helvétique.

Seulement voilà : la Suisse est bel et bien engagée par ses accords d’association avec l’UE à respecter le principe de libre circulation des personnes, fondement de l’Union européenne et du grand marché unique dont la Suisse est membre. Son adhésion à ce principe date de la signature en 2000 du premier paquet d’accords bilatéraux, complétée en 2005 par une extension aux dix nouveaux États membres européens de 2004. L’économie helvétique n’a eu qu’à se féliciter de l’intégration de la Suisse au grand marché européen, régie par une succession d’accords bilatéraux : selon les calculs du Conseil fédéral (le gouvernement), le Produit intérieur brut helvétique a crû en moyenne de 1,7 % entre 2002 et 2012. Et les échanges de la Suisse avec l’UE représentent aujourd’hui 1,6 milliard d’euros par jour ouvrable.

Mais l’UDC a un autre chiffre en vue : les 80.000 immigrés (62.900 nets) qui arrivent en Suisse tous les ans, alors que le gouvernement en avait annoncé 10.000, lors de la votation de 2000. Il y a aujourd’hui 1,25 million de travailleurs étrangers en Suisse, dont 275.000 de frontaliers. Cela fait, selon l’UDC, 1,8 million d’habitants en plus sur le territoire depuis 30 ans, soit un habitant sur quatre. Et peu importe que, selon tous les chiffres officiels, ces étrangers aient contribué à la croissance du PIB helvétique, et que le PIB per capita a progressé de 0.9 % entre 2002 et 2012 : le texte proposé par l’UDC impliquera de réintroduire le contingentement des étrangers autorisés à s’installer en Suisse. Comme au temps de l’isolement helvétique.

Mais les accords d’association de 2000 contiennent une clause dite « de la guillotine » : tous les accords sont légalement liés entre eux, et si l’un est dénoncé, tous les autres deviennent caducs. Autrement dit : si les Suisses votent « oui » ce dimanche, c’est l’intégration économique de la Suisse à l’UE qui sera annihilée d’un coup sec.

Jusqu’au début de cette année, les sondages donnaient les Suisses majoritairement opposés au projet « contre l’immigration massive ». Mais ces dernières semaines une dynamique inverse s’est enclenchée. Mercredi dernier, un sondage de la Radio suisse romande créditait le « oui » de 43 % des votes. Alors qu’ils étaient encore 55 % en faveur du rejet du texte de l’UDC, ces derniers sont tombés à 50 %, 7 % d’électeurs se disant indécis. « Cela devient serré », nous confiait un haut fonctionnaire suisse. L’engagement du Conseil fédéral, qui en général fait pencher la balance des électeurs, semble avoir produit l’effet inverse, en faveur du « oui ». Et alors que le gouvernement nie les ravages du « tourisme social » dénoncé par l’UDC, il vient tout de même d’annoncer des mesures pour renforcer les contrôles. Ce qui n’a fait qu’accréditer la thèse que les abus sont significatifs. Pas bon pour le « non » au saut dans l’isolement…

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