Didier Reynders veut enterrer la petite ceinture de Bruxelles

Pour la couverture, le chef de file MR à la Chambre a posé au bord du Canal. Cela n’a bien sûr rien d’un hasard. Le propos de « Bruxelles pour tous, vaincre la fracture » écrit par Didier Reynders et diffusé en librairie dès le 16 février, est de lutter contre la formation de ghettos, la dualisation de la ville, souvent symbolisée par la voie d’eau qui coupe Bruxelles en deux. Dans l’interview qu’il a accordée au Soir, Didier Reynders explique : « J’ai écrit ce livre pour réexpliquer pourquoi je suis venu à Bruxelles et puis pour dire comment je vois les choses aux différents étages. »

Enjeu régional, national et rôle international : « Les trois niveaux sont importants », dit-il.

Didier Reynders dit vouloir « rassembler sur Bruxelles ». Les propos d’un candidat ministre-président ? « Ma disponibilité est totale mais je veux d’abord mener un projet et puis on verra bien à quel niveau une fonction est possible. » Didier Reynders pense que c’est à la Chambre qu’il peut « apporter le plus » et faire en sorte que le MR « soit le premier sur les 25 communes et, par effet d’entraînement, sur les 19 communes à la Région. On me demande : “vous arrivez, qu’est-ce que vous connaissez à Bruxelles ?” Eh bien, voilà, je réponds, et je formule des propositions. (…) Il y a beaucoup de choses qui peuvent permettre de remailler la ville, dont la mobilité, la formation liée à l’emploi. »

« On ne va pas réussir la mobilité à coups de sanctions »

S ur certains thèmes, on doit se prononcer sur un futur à long terme, avance Didier Reynders. Etre ambitieux. Si, à l’époque, on n’avait pas réalisé le Ring, je ne sais pas comment on aurait pu circuler aujourd’hui. On doit se poser aujourd’hui la question des grands enjeux pour que la ville redevienne vivable. On ne peut pas juste se féliciter, comme je l’ai lu, d’avoir 7 % de voitures en moins, sinon, un jour, il suffira d’un embouteillage pour créer un bouchon. » Didier Reynders estime qu’« on doit trouver de nouvelles formules »  : « On ne va pas réussir la mobilité à coups de sanctions. Alors, oui, il faut diminuer la pression automobile, mais on ne peut pas supprimer les places de parking si on ne propose pas d’alternative. »

Les grands chantiers à mener, selon lui :

Accélérer le RER. Il faut prendre des décisions fortes et mobiliser l’ensemble des pouvoirs concernés pour ce que ce réseau voit le jour avant la fin de la prochaine législature, soit entre 2016 et 2018, juge-t-il. Il se prononce également pour le renforcement du réseau ferroviaire existant dans Bruxelles via de nouveaux tunnels entre Forest et Schaerbeek. Et des gares désaffectées pourraient être réutilisées pour créer un Réseau Express Bruxellois.

Extension des lignes de métro et de trams. Bruxelles est à la traîne en la matière par rapport à d’autres grandes villes européennes, constate Didier Reynders. Le seul progrès annoncé concerne l’extension de l’axe Nord-Midi vers Schaerbeek et Evere. Mais ce ne sera pas avant 2022. Il suggère de lancer de nouvelles lignes de métro en pointant des chantiers potentiels : Saint-Gilles, Evere, Jette, Neder-over-Heembeek ou Uccle. Il plaide pour un métro « deuxième couronne » parallèle à la Petite ceinture. Il propose de contraindre la Stib à favoriser les lignes de tram ou de bus express aux heures de pointe qui relieraient le centre de la ville aux parkings de délestage sans arrêts aux stations intermédiaires.

Placer sous terre la Petite ceinture et les autoroutes urbaines. « J’ai entendu le signal lancé par le nouveau bourgmestre de la Ville de Bruxelles, Yvan Mayeur, avec son projet de réaménagement des boulevards du centre, explique Didier Reynders. Il va dans le bon sens . » Lui aussi propose de redessiner la ville en redonnant sa place au piéton à la faveur de grands chantiers. Alors qu’une partie du recouvrement de la Petite Ceinture (le tunnel Louise) a déjà été en partie planifiée par le gouvernement bruxellois, Didier Reynders propose de l’enfouir complètement, comme les deux entrées d’autoroutes que sont le viaduc à Hermann-Debroux (E411) et l’avenue Charles-Quint (E40), derrière la basilique de Koekelberg. Enfin il propose un bouclage du Ring, là aussi souterrain, via un tunnel reliant Drogenbos au Carrefour Léonard.

Vélos et voitures électriques. La topographie de Bruxelles ne se prête pas forcément au vélo. Ou alors, sourit-il, ce n’est plus du transport, mais du sport. Didier Reynders plaide donc pour le développement de vélos électriques via les stations Villo. Et l’utilisation des voitures électriques pour les particuliers devrait être encouragée pour des raisons d’écologie.

Le péage ? Oui, mais… Le principe consistant à faire contribuer l’utilisateur lui semble « juste ». Il ne propose pas de solution toute faite mais suggère l’instauration d’un péage autoroutier se limitant aux frontières du pays et aux accès à Bruxelles, avec des tarifs préférentiels pour les Bruxellois et les frontaliers.

>> Retrouvez l’intégralité de l’interview de Didier Reynders dans Le Soir de ce jeudi.