Tadam croit en son avenir

N ous avons une chance d’obtenir, avant les élections, un vote en faveur de la distribution contrôlée d’héroïne  », a espéré jeudi à voix haute le bourgmestre (PS) Willy Demeyer lors d’un séminaire sur « Les projets liégeois en matière de toxicomanie ». Un aménagement législatif rendant possible la reconnaissance de salles d’injection aura par contre plus de mal à obtenir une majorité au parlement fédéral : «  Mais nous reviendrons sur ce projet lors de la prochaine législature.  » Willy Demeyer, qui est également sénateur, est l’auteur de ces deux propositions de loi déposées au mois de janvier.

Une pérennisation du projet Tadam (Traitement assisté par diacétylmorphine) est donc envisageable à moyen terme, espèrent les autorités communales. Mené de 2011 à 2013 dans le quartier Nord, ce projet pilote de délivrance d’héroïne à une trentaine d’usagers avait été suivi et contrôlé par l’Université de Liège. Laquelle avait conclu qu’il était généralement « plus efficace que les traitements par méthadone  », à la condition de rester un traitement de seconde ligne et de ne pas avoir de limitation de durée a priori.

De plus, ont souligné Dominique Delhauteur (coordinateur de Tadam) et Jean-Baptiste Andries (avocat général), la pérennisation de ce projet et même sa reproduction dans d’autres villes belges ne contreviendraient pas aux conventions et traités internationaux en matière de drogues ; ils nécessiteraient simplement que soit adaptée la loi belge de février 1921 sur le trafic des stupéfiants.

Autoriser l’aménagement de salles de consommation à moindres risques nécessiterait par contre, a souligné l’avocat-général, un toilettage plus rigoureux du code pénal. «  Ce sont deux dossiers différents, qui ne sont pas liés, a encore rappelé le bourgmestre. La délivrance d’héroïne médicale relève du chapitre thérapeutique tandis que la création de salles d’injection relève d’une politique de réduction des risques. » Risques sanitaires (d’infection, d’overdose…) mais aussi d’atteinte à l’ordre public.

Naïveté ? Pas du tout, a en substance répondu le commissaire luxembourgeois René Lindenlaub. Une salle de consommation, a-t-il rappelé, a été créée dans le quartier de la gare à Luxembourg Ville en 2005, elle a servi de décor en 2012 à «  32.000 actes de consommation » et 153.000 seringues y ont été gratuitement échangées. Gérée par le ministère de la Santé publique et par une ASBL, elle fait travailler 45 personnes. « C’est un lieu de repos pour la journée et pour la nuit mais aussi un lieu de consommation, a précisé le commissaire. Sept tables sont prévues pour l’injection et lorsque le client arrive, il se voit proposer tout ce dont il a besoin pour une injection stérile. Plus récemment aussi, cinq tables ont été préparées pour ceux qui consomment les stupéfiants en les fumant.  »

Si 300 surdoses ont été constatées dans cette salle, dont une trentaine se soldant par une perte de conscience, aucune ne s’est néanmoins révélée mortelle. « Il y a un bénéfice évident en matière de santé publique, c’est une structure qui a fait ses preuves.  »

Les seuls bémols constatés sont quelques vols commis dans un commerce voisin (dont le gérant a été dédommagé) et l’afflux de revendeurs de drogue autour de ce lieu de consommation. Afflux que le commissariat voisin parvient semble-t-il à réguler. L’ouverture d’une seconde salle de consommation est d’ailleurs prévue en 2016, cette fois au sud du Grand-Duché, à proximité donc de la frontière française.