Les Suisses ont dit «oui» à une limitation de l’immigration de masse

L’heure de vérité a sonné pour la libre circulation des personnes. Les Suisses ont voté ce dimanche  : ils n’en veulent plus. Le sort de l’initiative prônant des contingents d’immigrés est scellé depuis cet après-midi.

Les résultats

Par 50,3% des voix, les Suisses ont accepté dimanche l’initiative de l’UDC «contre l’immigration de masse», désavouant les milieux économiques et les autorités. L’opposition unanime de la Suisse romande, de Bâle-Ville, de Zurich et de Zoug a été vaine.

L’initiative réclamant la réintroduction de contingents d’étrangers, demandeurs d’asile y compris, a été soutenue par 1,46 million de personnes. Plus de 1,44 millions d’autres ont dit «non». Le camp du «oui» a réuni exactement 19.516 voix de plus que celui des opposants.

Quasiment identique au vote sur l’Espace économique européen en 1992 (50,3% de refus), ce score constitue une gifle pour le Conseil fédéral, les autres partis et les grandes fédérations économiques qui s’étaient mobilisés en force contre le texte.

Face aux effets négatifs de la pression migratoire, le corps électoral a voulu donner un signal fort. Le risque d’une résiliation des accords bilatéraux, brandi par les autorités, n’a pas ébranlé la majorité.

Comme prévu, le soutien le plus fort est venu du Tessin, où la population se plaint depuis des années de subir les conséquences négatives de la libre circulation des personnes.

A l’inverse, la Suisse romande a voté en bloc contre l’initiative de l’UDC. Avec 61,1%, les Vaudois ont été les champions du «non». Ils sont suivis des Bâlois, qui ont refusé le texte par 61%.

Les conséquences pratiques de ce résultat demeurent encore floues. Seule certitude, le Conseil fédéral est appelé à présenter un projet de loi pour concrétiser les exigences de l’initiative, qui demande de la Suisse qu’elle gère de manière autonome l’immigration des étrangers.

Une initiative populaire de l’UDC

L’initiative populaire de l’UDC « contre l’immigration de masse » occupe le terrain politique depuis des mois. Un vent de panique a soufflé il y a dix jours chez les opposants de gauche et de droite au texte de l’UDC. Le « oui » avait fortement progressé dans les sondages, alors que le « non » plafonnait à 50 %. Depuis, les deux camps avaient intensifié leur campagne.

Ce qui était en jeu ? Pour résumer, c’est la « votation » qui pourrait avoir comme effet la sortie de la Suisse de l’Union européenne. Pour être plus précis : la Suisse, membre de l’Association européenne de libre-échange, est associée à l’Union européenne par une batterie d’accords bilatéraux qui en font un quasi 29e membre de l’Union, mais qui ne participe pas à sa structure décisionnelle.

Le texte soumis à votation ce dimanche impose de réintroduire une limitation par quotas annuels du nombre d’étrangers autorisés à venir travailler en Suisse. Sauf que la Suisse est bel et bien engagée par ses accords d’association avec l’UE à respecter le principe de libre circulation des personnes, fondement de l’Union européenne et du grand marché unique dont la Suisse est membre…