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Les Suisses aux Européens: dehors!

C’est tout l’échafaudage des accords bilatéraux de la Suisse avec l’Union européenne qui est assuré de s’écrouler, pour 19.516 voix sur près de 3 millions de votants.

Chef du service Monde Temps de lecture: 3 min

On le sentait venir depuis trois semaines, sans vouloir y croire. Les Suisses ont opté, par votation populaire ce dimanche, en faveur d’une proposition « contre l’immigration de masse ».

La Confédération en reviendra donc aux quotas annuels d’étrangers autorisés à venir travailler sur son territoire. C’est seulement avec une majorité de 50,34 %, soit 19.516 de voix sur un peu moins de trois millions de votants, que les électeurs ont donné leur assentiment à la proposition soumise par une initiative de l’Union du centre, le parti populiste et xénophobe de l’homme d’affaires Christoph Blocher.

Le « oui » à l’initiative contre l’immigration l’a remporté aussi dans 14 cantons sur 23.

Mais la carte des résultats livre un enseignement spectaculaire : c’est la Suisse alémanique qui a voté pour freiner l’immigration, et la Suisse romande qui s’est opposée à l’initiative.

Si les villes ont voté pour maintenir la libre circulation des travailleurs, ce sont les campagnes qui ont voté contre. Et c’est dans le petit canton du Tessin, voisin de l’Italie, que le refus de l’immigration s’est exprimé le plus fort : 68 % ! Les travailleurs étrangers, des frontaliers pour une grande part, y représentent près d’un tiers de la population active…

Mais si les cantons romands ont voté contre la proposition, le Vaud et Genève affichant 61 % de non, les près de 40 % de « oui » n’en laissent pas moins songeur. Au Valais, si fréquenté et apprécié des vacanciers – belges entre autres –, le « non » n’a récolté que 51,7 % des voix.

Le Conseil fédéral (le gouvernement) a deux ans pour arrêter les modalités de la réintroduction des quotas d’étrangers. Et donc pour renégocier… ce qui sera négociable avec l’Union européenne.

Sur papier, c’est simple : dans le premier paquet d’accords bilatéraux de 2000, qui ont intégré de fait la Suisse dans le Marché intérieur européen, une clause dite de « guillotine » prévoit que la dénonciation d’un accord rendra caducs tous les autres. Or la libre circulation des travailleurs est un socle de l’UE et de son marché unique, et la Suisse s’y était bien engagée. La Commission européenne, qui avait signifié que la Suisse ne pourrait choisir ce qui lui plaît dans les règles d’association avec l’UE, a indiqué qu’elle se penchera immédiatement sur les implications de ce vote (lire par ailleurs).

Le Conseil fédéral suisse, qui avait comme le veut l’usage pris position sur cette votation, en indiquant son opposition au projet, devra maintenant assumer le choix populaire.

Il a interprété dimanche soir le résultat de la votation comme « l’expression d’un malaise induit par la croissance de la population ces dernières années ». C’était effectivement l’argumentation de l’UDC. Celle-ci avait eu beau jeu de pointer le 1,25 million d’étrangers résidant en Suisse, sur une population de 8 millions, et le rythme – finalement beaucoup plus élevé qu’annoncé – de l’arrivée de travailleurs européens.

Mais par la grâce de la liberté de circulation, ce sont aussi 453.000 Suisses qui résident et travaillent dans l’UE, représentant 62 % des Suisses de l’étranger…

Beaucoup se mordront les doigts, en Suisse, de n’avoir pas suffisamment senti le mécontentement populaire, et de n’avoir pas mieux fait campagne.

Par exemple le gouvernement et les partis traditionnels, qui n’avaient même pas fait campagne dans le Tessin.

Ainsi que les milieux de l’entreprise, évidemment favorables au marché européen et à la libre circulation, mais qui sont restés étonnamment passifs.

Le vin est tiré, il faudra maintenant le boire : le président de la Confédération a rapidement reconnu qu’il faudra « refonder les relations avec l’Union européenne ».

Bon courage.

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