Excision : plus de 1.500 cas à Liège

A Liège, plus de 1.500 femmes sont concernées par les mutilations génitales, dont plusieurs centaines de fillettes. Rien qu’à la consultation des nourrissons de l’ONE du quartier Sainte-Marguerite, une centaine de dossiers sont ouverts. Le parquet de Liège a même créé un groupe de travail qui étudie la problématique.

Par « mutilations génitales », on entend le fait d’enlever une partie des organes génitaux féminins (sans raison médicale). Une pratique culturelle qui s’exécute le plus souvent chez des fillettes de moins de 5 ans, selon des techniques ancestrales rudimentaires.

Selon les pays (29 en sont coutumiers), l’exciseuse – grand-mère, tante, femme du village – ôte tantôt le clitoris, tantôt les lèvres qui protègent le sexe. Soit, encore, elle pratique une « infibulation », c’est-à-dire qu’elle « ferme », parfois quasi complètement, le sexe.

« Dans ce cas, il faut absolument désinfibuler, pour rouvrir et reconstruire. Une intervention pour laquelle nous avons un médecin spécialisé à l’hôpital de la Citadelle », explique Samia Youssouf, accueillante et animatrice au Centre Louise Michel.

Cette association liégeoise, basée dans le quartier Nord, accueille chaque semaine plusieurs femmes en souffrance. « En 2012, nous avons suivi 900 femmes, précise Samia Youssouf. On voit de plus en plus de mamans qui fuient leur pays pour cette raison, et qui demandent l’asile ici. La majorité sont des Guinéennes, des femmes du Kivu, de Côte d’Ivoire, d’Éthiopie. Nous surveillons également les fillettes pour nous assurer qu’elles restent intactes jusqu’à leur majorité. »

Un simple retour au pays pour saluer la famille… et les fillettes risquent en effet d’y passer à leur tour. « Nous recommandons aux mamans de rester constamment avec l’enfant. Il suffit parfois de laisser la fillette avec sa grand-mère, et c’est trop tard », ajoute l’animatrice du Centre. « Il nous arrive, en cas de craintes d’excision, de nous faire remettre les passeports d’une famille pour nous assurer qu’elle ne puisse pas partir au pays », explique de son côté Sophie Wolf, substitute au parquet de la Jeunesse de Liège. Cette magistrate préside le Groupe de travail liégeois sur les mutilations génitales, créé il y a un an et demi et qui se réunit tous les trois à quatre mois.

« Nous n’avons pas encore de plainte au pénal, mais nous voulons pouvoir agir efficacement si un cas se déclare, poursuit Sophie Wolf. Nous en sommes toujours au stade de la sensibilisation, avec les associations et le parquet. Et nous intervenons sur le terrain en cas de craintes qu’il y ait un risque de mutilations sur un mineur. »

Il ne semble pas y avoir de réseau clandestin d’excision à Liège : les faits se déroulent au pays. Mais plusieurs centaines de petites filles sont touchées à Liège, ou risquent de l’être bientôt. Deux consultations ONE sont attentives, celle de St-Léonard, rue du Pommier, et celle de Ste-Marguerite, rue St-Séverin, où une centaine de dossiers sont ouverts.