Chat: «La démocratie directe fait partie de la culture politique en Suisse»

Ce dimanche 9 février, la Suisse a fait l’objet d’un référendum portant sur la question de la limitation de l’immigration de masse. Résultat : 50,3 % des citoyens sont en faveur de cette proposition.

Bru_dyle : on dit souvent que le « système suisse » n’est pas transposable en Belgique, question de mentalité voire de tradition.

En effet, la démocratie directe fait partie de la culture politique suisse, mais pas belge. L’approche est donc différente. La démocratie directe suisse est également « doublée » d’une démocratie représentative classique, ainsi que d’un système de prise de décision collégial au niveau de l’exécutif fédéral (encore plus collégial qu’en Belgique). Il ne faut pas isoler chacune de ces facettes, mais bien les examiner ensemble comme faisant partie d’un système politique plus complet et complexe. Ce n’est donc pas transposable facilement tel quel. Cela nécessiterait donc des adaptations dans bien des domaines.

Bonito : ne faudrait-il pas remettre à plat la démocratie représentative à la belge afin que, comme en Suisse, le citoyen participe davantage à la vie politique ?

Oui sans doute, car ce qui est remarquable en Suisse, c’est l’acceptation du résultat du vote par l’ensemble de la population, sans remettre en cause le système. La démocratie est la règle de la majorité et c’est ainsi.

Olivier : ne pensez-vous pas que le problème du système de votation réside principalement dans le fait que l’on demande de répondre « oui » ou « non » à une question extrêmement complexe et pour laquelle les motivations peuvent être aussi très différentes ?

En effet, la réponse ne peut être que oui ou non. Une décision prise par le parlement, démocratie représentative, ou un panel citoyen, démocratie participative, permet de procéder à des ajustements. Ces deux types de démocratie, pouvant très bien être compatibles, permettent également le débat entre les décideurs. Ce qui n’est pas possible dans la démocratie directe telle que pratiquée hier (les responsables politiques débattent à la tv, mais pas les citoyens).

Philibert : en Belgique, ne pourrait-on pas prévoir que seuls les référendums qui auraient obtenu la majorité des voix dans chacune des dix provinces et à Bruxelles seraient validés?

C’est une option, mais elle me paraît peu en phase avec la réalité de la structure institutionnelle du pays qui met l’accent sur les Communautés (surtout) et sur les Régions (également). Je rappelle que la Constitution indique que la fédération belge se compose des Communautés et des Régions, ce sont elles les entités « constituantes » de notre État fédéral, pas les provinces. Par ailleurs, à l’heure où de nombreuses voix souhaitent la suppression des provinces, cela me paraîtrait relativement anachronique.

Alexandra : je pense que si on va dans le sens de plus de participation citoyenne, elle ne doit pas se faire au détriment de l’expertise.

Oui, bien que la démocratie « pure » accorde le pouvoir au peuple et non aux experts, sinon on vire à la technocratie. Le peuple a son mot à dire dans les cours d’assise et je n’ai jamais entendu de motif de plainte, parce qu’il rendrait une décision trop « populiste ».