Après Hitler, Volker Schlöndorff s’attaquera à Léopold II

Avec Diplomatie, présenté mercredi soir à la Berlinale, le réalisateur allemand Volker Schlöndorff, revient à 75 ans et pour son vingt-huitième film à un sujet auquel il s’est déjà frotté, et comment l’oublier. En 1979, Le Tambour lui valait la Palme d’Or à Cannes.

Schlöndorff avoue lorsque nous le rencontrons mercredi avoir longuement hésité avant de se lancer dans le chantier de Diplomatie, qui adapte pour le grand écran la pièce de théâtre à succès de Cyril Gély. «Les nazis, la Seconde Guerre mondiale, j’ai déjà donné». Mais voilà, «des producteurs français m’ont envoyé le scénario, et c’était autre chose. C’était la ville de Paris. C’était aussi la qualité du texte».

D’un grand texte, défendu par un duo-duel d’acteurs proprement magistral. Avant de passer sur grand écran, Niels Arestrup et André Dussollier ont joué plus de 200 fois la pièce de Gély, à Paris (théâtre de la Madeleine) comme ailleurs.

Du coup, Arestrup le reconnaît, le duo se sentait quelque peu propriétaire de ce texte, connu par cœur. Et il n’était pas forcément simple, pour Schlöndorff, de débarquer sur ce territoire occupé par les acteurs. Avant le réalisateur allemand, deux cinéastes français ont été approchés par la production, avant de jeter l’éponge. En cinéaste aguerri, Schlöndorff a quant à lui trouvé ses marques. «La routine est une chose très dangereuse, pour des comédiens, et je leur ai peut-être apporté la fraîcheur de mon regard, moi qui n’avais pas vu la pièce. C’est aussi pour ça que j’ai tourné des prises très courtes.»

Dans Diplomatie, nous assistons à la confrontation de deux hommes poursuivant des objectifs tout à fait opposés. Fin août 1944, l’armée allemande, presque vaincue, se comporte en animal blessé. Dietrich von Cholitz (Niels Arestrup), général nazi et gouverneur du «Grand Paris», se prépare sur ordre d’Adolf Hitler à faire sauter la Ville Lumière. Face à lui, Raoul Nordling, diplomate suédois (André Dussollier), va essayer toutes sortes de stratégies (courtoisie, diplomatie, bon sens, intimidation larvée, appel aux sentiments) afin de l’en dissuader.

Bien au-delà du film historique, Diplomatie passionne en ce qu’il place ses protagonistes en situation de dilemme cornélien. Car derrière le désarroi de Dietrich von Cholitz, il y a un combat terrible entre le code d’honneur d’un homme d’armée dont la vie est vouée au principe d’obéissance et la petite voix de sa conscience... qu’incarne Nordling. Complexe, car refuser d’appliquer l’ordre du Führer aurait eu valeur, pour von Cholitz et sa famille, de condamnation à mort immédiate.

Si le film part de faits réels, puisque Nordling et von Cholitz se sont bien rencontrés à plusieurs reprises en temps de guerre, nul n’est en mesure de savoir ce qu’ils se sont précisément dits. Le travail de Gély, puis de Schlöndorff, consiste donc à imaginer un scénario du possible. Un scénario qui rappelle le décor historique de Paris brûle-t-il?, le film de René Clément (1966) lui-même inspiré par le livre éponyme de Larry Collins et Dominique Lapierre. Selon ces derniers, des archives militaires allemandes déclassifiées révélèrent que Paris aurait bel et bien dû être détruit en août 1944.

La réussite de Diplomatie, qui aurait pu verser dans le huis-clos théâtral, doit beaucoup à l’alchimie entre les deux acteurs. Deux Stradivarius. «Ils sont totalement différents l’un de l’autre. Dussollier, c’est un Stradivarius dans le sens de Paganini. Ma seule indication à lui était par moment “attention André, virtuosité!”. Et Niels, c’est plus un acteur à la Philip Seymour-Hoffman. Il est complètement habité par son personnage, il joue et il ne sait pas ce qu’il fait, c’en est vertigineux

Avant de nous quitter, Schlöndorff nous livre un petit scoop, « parce que c’est vous, parce que c’est Le Soir»: son prochain film, qu’il écrit avec Cyril Gély, traitera du Congo. En se penchant sur la conférence de Berlin de 1885, qui marqua l’organisation et la collaboration européenne pour le partage et la division de l’Afrique. Un film en somme sur l’instauration de la colonisation des Européens en Afrique. «Il y aura beaucoup de Léopold II. Ce sera une fiction. je ne sais pas encore si ce sera un film sérieux ou une comédie, une satire, mais en tout cas ce sera cocasse

On lui fait remarquer que Martin Scorsese s’intéresse lui aussi au sujet, via un projet de série télé qui devrait revenir, avec la collaboration d’Harry Belafonte, sur le règne sanguinaire de Léopold II. «Ca ne m’étonne pas de Marty, commente Schlöndorff. Il faut que je le contacte...»