La Jonquera: la ville espagnole du sexe low-cost

Il y a six ans, Anvers a fait parler d’elle en ouvrant le premier Eros center, en plein dans le centre-ville. La Villa Tinto, ancien immeuble commercial est un endroit unique dans lequel les prostituées en vitrines travaillent en toute sécurité. Un commissariat, situé dans l’enceinte composée de 50 vitrines, est ouvert 24 heures sur 24. Depuis, d’autres villes, comme Liège, Mons ou même Bruxelles, ont été tentées par un projet similaire, qui permet d’endiguer la prostitution de rue. Si la Belgique a fait preuve d’originalité, l’Espagne a franchi un pas supplémentaire en créant un tourisme du sexe low-cost à La Jonquera, commune espagnole de 3.000 habitants, située à la frontière avec la France. Son attrait est diversifié: les cigarettes et l’alcool y sont nettement moins chers qu’en France. Mais depuis le mois d’octobre, La Jonquera a un autre atout… de charme: le Club Paradise, le plus grand club privéd’Europe! Un endroit hors du commun de 13.000 m2, ouvert 7 jours sur 7, de 17 heures à 5 heures, qui est à l’opposé de notre concept de la prostitution. Ici, les 300 (!) filles de joie ne sont pas en vitrine, mais en chair et en os – et très peu vêtues – aux côtés des clients, qui peuvent, comme ils le feraient dans une discothèque, discuter… et s’offrir un plus si affinité. Depuis l’ouverture du Club Paradise, la commune connaît un boom de fréquentations. Ce sont non seulement

les Français, qui viennent en masse profiter des maisons closes, interdites dans leur pays. Mais également les Belges qui bénéficient des prix cassés proposés par Ryanair. Le concept est simple: les prostituées, qui travaillent pour leur compte, payent 70 euros par jour au Club Paradise, soit le prix d’une passe. Elles sont logées, nourries sur place. Dès la deuxième passe, l’argent récolté est pour elles.

3 euros Charleroi/Gérone…

Le Soir Magazine a voulu mener son enquête sur ce lieu tant convoité. Nous avons donc, comme des milliers de voyageurs, acheté un billet d’avion Charleroi/Gérone en vue de découvrir le sexe low-cost. Le prix du billet est variable, mais nous avons rencontré des passagers qui ont payé 3 euros! Arrivé deux heures plus tard, à Gérone, il suffit de louer une voiture, les agences de locations situées dans l’aéroport (à partir de 40 euros). Reste à parcourir une soixantaine de kilomètres pour arriver dans une commune presque indescriptible. Quatre voies de circulation, deux dans chaque sens, longent des dizaines de commerces aux dimensions hors normes. Des pompes à essence immenses, des supermarchés au look étrange. Des restaurants cubiques proposant des méga-buffets pour 15 euros tout compris. Les commerces sont partout le long de la grand-route. Il y a un magasin pour trois habitants, une proportion inégalée en Espagne!

Un va-et-vient incessant de voitures et de camions

Autrefois prospère dans l’activité agricole, La Jonquera, est avant tout un gigantesque centre commercial frontalier et transfrontalier dans lequel défilent, jour et nuit, des milliers de voitures et surtout de camions.

À notre arrivée, le soleil se couche, les néons des magasins et des hôtels donnent l’impression d’être sur une autoroute américaine. Nous logeons dans un hôtel trois étoiles pour 45 euros la nuit. L’établissement est situé dans l’un de ces gigantesques cubes à étages. Au rez-de-chaussée, à gauche, il y a le restaurant Le grand buffet; à droite un supermarché. L’hôtel se situe à l’étage, à côté d’un cercle de jeux. En nous rendant à la porte arrière, nous tombons sur des dizaines de camions stationnés sur un énorme parking. Juste derrière, nous apercevons un imposant palmier qui clignote. Telles les chants des sirènes, les lumières multicolores sont de véritables appels. Le Club Paradise, au look de discothèque, est face à nous. Il nous reste à entrer dans ce que nous imaginons être un lieu de débauche…

Interdit aux femmes… vêtues!

Mais voilà, n’entre pas qui veut. Un garde de sécurité nous arrête. Les femmes sont interdites! Pourtant, elles sont nombreuses à l’intérieur mais elles sont, à l’inverse de nous, très peu vêtues! Nous expliquons que nous sommes journalistes et que nous venons faire un reportage sur le club dont la réputation dépasse la frontière. On nous propose d’attendre… Nous assistons alors à un étrange spectacle. Des femmes aux corps de rêves que très peu de vêtements habillent entrent et sortent par une double porte. Des hommes, (habillés eux), font de même. C’est donc derrière ces portes que tout se passe.

« Je me marie la semaine prochaine! »

En attendant de pouvoir accéder à ce lieu mystérieux, nous accostons des clients qui s’en vont. Quatre copains âgés d’une quarantaine d’années, des hommes d’affaires, au look BCBG. «Nous sommes en vacances un peu plus loin; on vient jouer au golf. Nous connaissons La Jonquera et le Club Paradise. On y est bien», nous explique sans honte François, qui habite Perpignan. «On est venu boire un verre entre amis. On va voir le match de foot maintenant et puis on revient. En fait, c’est comme une discothèque pour nous. On paye 12 euros d’entrée et cela nous donne droit à une boisson», poursuit-il. «Et puis, évidemment, il y a les filles. Elles viennent de partout. Moi qui rêvais de faire le tour du monde, ici, c’est possible! Le tout dans une propreté et une sécurité exemplaires.» Un peu en retrait, leur copain Jacques semble d’accord. «Moi, je me marie la semaine prochaine, alors j’en profite!» Nous décidons de retourner vers l’accueil. Nous entrons en même temps qu’un client qui s’adresse au garde de sécurité. Il porte des paquets dans les mains. Ce sont cadeaux pour les trois prostituées qu’il veut remercier de lui avoir fait passer une si bonne soirée! Notre curiosité est à son comble. C’est à cet instant que Mattia Cabras, le manager des lieux, nous accueille. Nous faisons quelques pas, nous passons cette fameuse double porte, nous voilà dans un autre monde…

70 euros pour 30 minutes de plaisir

Les deux portes s’ouvrent enfin à nous. Nous entrons… nous allons découvrir les 13.000 m2 du Club Paradise. La sensation est étrange mais la beauté et le luxe des lieux s’imposent. Les néons roses, bleus, blancs scintillent de part et d’autre des deux gigantesques comptoirs ornés de centaines de bouteilles d’alcool. «Il y a pour plus de 100.00 euros d’alcool dans le club», nous explique Mattia, le manager. Le plafond brille de mille feux, la musique est à fond. On se croirait dans une discothèque (sauf qu’ici on ne danse pas), mais la tenue des femmes ne laisse aucun doute. String, décolleté pigeonnant, robe courte ou transparente, talons hauts et semelles compensées… Nous sommes bien dans un club où le sexe est roi. «Il est encore tôt, les clients sont au restaurant; mais vous allez voir, très vite, il y aura plus de 400 clients ici». Déambulant dans l’allée centrale ou assises sur les tabourets au bar, les prostituées perchées sur leurs hauts talons sont joyeuses. L’enjeu est de taille. Chaque homme présent est un client potentiel. La concurrence est rude. «En semaine, il y a environ 140 filles, le week-end 200. En été, elles sont 300!» Si les filles de joie sont nombreuses, les clients le sont aussi. «Le lundi, il y a environ 300 clients, 450 le mardi, 600 le mercredi, 800 le jeudi, 900 à 1.100 le samedi et 400 le dimanche. Notre record est de 1.600 clients!»

Pour l’anecdote, le jour de la Saint-Valentin fut calme. «Nos clients sont avec leurs épouses…» À ce propos le manager nous explique pourquoi les femmes sont interdites dans le club: «Si les clients pensent pouvoir être reconnus, ils ne viendront plus ici. La plupart sont mariés et ont des enfants, ils pourraient être reconnus par une amie de leur épouse ou par une voisine…»

L’entrée au prix d’une boisson

L’entrée, qui équivaut au prix d’une consommation, est de 10 euros pour un soft, 12 pour une boisson alcoolisée. Bien que chaque client ait des désirs différents, la démarche est souvent la même «Le client entre, il prend sa consommation au bar. Toutes les filles sont là, certaines viennent l’aborder. Elles choisissent et lui aussi. S’il le souhaite, le client peut lui offrir un verre. Dix euros le soft, 12 euros l’alcool.» Cet argent-là est pour le club. «Si le contact ne passe pas, le client a bien évidemment le choix de s’adresser à d’autres filles. Souvent, conscients que le temps est précieux pour les jeunes femmes, les clients donneront un billet à titre de dédommagement. Mais il n’y a pas d’obligation. Il peut très bien rester au bar toute la soirée sans se rendre dans une des chambres. Il profitera alors de tous les spectacles.» Ils ont lieu tout au long de la soirée. Des barres de lapdance sont disposées çà et là en hauteur des bars. Les filles y montrent leurs talents. Il y a également un show plus glamour, l’aerial silk show, au cours duquel la danseuse virevolte avec des grands morceaux de tissus accrochés au plafond. Dans l’espace VIP (les boissons y sont à 15 euros), la danse se fait de manière plus personnelle. «Ce sont de vraies danseuses.» Il y a également une douche en hauteur, spectacle garanti!

Un set hygiène à 5 euros

Reste a se mettre d’accord sur la prestation. «Chaque fille est libre de ses choix. Elle doit simplement dire au client ce qu’elle accepte ou non de faire.» Le prix de la passe est de 70 euros.

«Mais la prostituée peut demander plus si elle veut, c’est elle qui voit. C’est au client d’accepter ou de refuser. En principe, il paye pour 30 minutes, mais une nouvelle fois, si elle est d’accord pour le même prix de rester plus longtemps, elle peut le faire.» Avant de se rendre dans la chambre de son choix, le client doit passer par la réception. «Il doit acheter un paquet avec des draps, des serviettes et des préservatifs. C’est 5 euros.» Cette somme n’est pas donnée à la jeune femme qui va l’accompagner. «Elle ne va pas en chambre avec l’argent, elle le place dans son casier sécurisé.» Mattia nous ouvre les portes d’une armoire située derrière le comptoir. Elle contient les sets qui seront utilisés tout au long de la nuit. Impressionnant! Mais moins que la pièce située juste à derrière la réception. «Les sacs que vous voyez là, du sol au plafond, contiennent les linges sales utilisés en une nuit. Chaque jour, une entreprise de nettoyage vient les chercher. Un samedi, nous utilisons 700 à 800 sets!»

Lit à baldaquin et jacuzzi

Mattia nous fait visiter les parties privées. «Il y a 80 chambres, nous en construisons 20 de plus. Elles seront disponibles à partir de juin. Nous allons également construire une piscine et une grande terrasse. Il y a dix chambres avec lits king size et trois suites. Elles ont un lit à baldaquin et un jacuzzi.» Si le tarif de base est de 70 euros pour 30 minutes de plaisir dans une chambre standard, le prix augmente pour les suites. «C’est 310 euros. 110 euros pour nous, 200 pour elle.» Nous entrons dans les chambres, la propreté saute aux yeux. On se croirait dans un hôtel de luxe. Pierre bleue au sol et carrelage grège au mur, la salle de bain est impeccable. Le client peut choisir la couleur de l’éclairage, rouge, vert, jaune… Tout est fait pour son plaisir… et pour sa générosité financière…