Tchernobyl : nos enfants ont été contaminés

Officiellement, le nuage radioactif qui a survolé la Belgique après la catastrophe de Tchernobyl, les 1er, 2 et 3 mai 1986, n’a pas fait de victimes chez nous. Pour les autorités, l’impact sur la santé publique a été complètement négligeable, et aucune donnée scientifiquement fiable prouvant le contraire ne pourra jamais être mise en évidence. Vingt-cinq ans après la catastrophe, ce genre d’affirmations rassurantes fait toujours bondir le Dr Luc Michel, professeur à l’UCL, spécialiste des glandes endocrines à l’hôpital de Mont-Godinne. Tout au long des années 90, ce chirurgien a constaté une forte augmentation des cancers de la thyroïde chez des enfants et de jeunes adolescents, qui avaient moins de 10 ans lors de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, une population jeune particulièrement à risque lors d’une contamination radiologique. Le professeur Michel a interrogé dès 1998 les autorités de Santé publique et de Radioprotection. En vain. Aujourd’hui, il répond à nos questions. Sa conviction est que Tchernobyl a bien provoqué des cancers chez nous, et que des mesures de protection plus sérieuses auraient dû être prises à l’époque, mais aussi dans les années qui ont suivi.

Qu’avez-vous constaté dans votre service de chirurgie des glandes endocrines de l’UCL Mont-Godinne ?

« Dès 1991, le professeur Julian Donckier et moi-même avons remarqué une recrudescence des cas de cancers de la thyroïde chez de jeunes patients, des cas graves avec des métastases ganglionnaires. Il se passait manifestement quelque chose de nouveau, qui s’est confirmé au fil des années. Entre 1986 et 1999, sur 1.756 thyroïdectomies pratiquées dans notre service sur des adultes, on a relevé 101 cancers, soit 6 %. Entre 1990 et 1999, sur les 30 thyroïdectomies pratiquées sur des enfants et adolescents, 10 étaient dues à un cancer papillaire, soit 33 % ! C’était statistiquement relevant. Un fait très inhabituel pour les chirurgiens et une vraie interpellation scientifique. Nous avons enquêté pour tenter de découvrir l’origine du problème. »

Voir l’intégralité de l’article dans “Le Soir magazine” de cette semaine.