Sans libre circulation, plus d’Erasmus pour la Suisse

La menace était dans l’air. Elle n’a pas tardé à se concrétiser après que la Suisse eut annoncé samedi à la diplomatie croate qu’elle ne pouvait signer, en l’état, l’extension de l’accord de libre circulation à Zagreb au lendemain de la votation «Contre l’immigration de masse». «L’Europe mini-guillotine la Suisse», titre L’Echo.

Par mesure de rétorsion, la Commission gèle donc les négociations sur la participation suisse aux programmes Horizon 2020 et Erasmus +, confirmant une information de la RTS: cette non-signature «est considérée par Bruxelles comme un déclencheur qui empêche le renouvellement d’accords avec la Suisse». Ceux qui prolongeaient les programmes au-delà du 31 décembre 2013, jusqu’en 2020: l’équivalent de 95 milliards d’euros, précise la Handelszeitung.

«Pour la Croatie, il est inacceptable d’être considéré durant les trois prochaines années comme un Etat tiers et pas comme un Etat de l’UE», a dit son ambassadeur à Berne, Aleksandar Heina, dans la NZZ am Sonntag, pour laquelle «l’heure de vérité arrive plus tôt que prévu». Et Le Figaro interprète effectivement la contre-attaque comme une «première mesure de l’UE contre la Suisse», puisque Berne devait signer un accord bilatéral avec Zagreb, la Croatie étant devenue le vingt-huitième Etat européen.

«L’agenda européen démarre»

«Sans libre circulation, pas d’Erasmus», en concluait donc logiquement Le Matin le 10 février déjà. «Un diplomate européen estime que renégocier les accords de libre circulation est exclu. Et que leur suspension inclut que l’UE coupe à son tour la route des étudiants suisses. L’agenda européen démarre.» Ce n’est plus du gel, c’est de la «congélation», selon le Corriere del Ticino. «Horizon 2020 auf Eis gelegt», renchérit la Neue Zürcher Zeitung.

Du coup, la journaliste Sylvia Freda (@SylviaFreda) écrit sur Twitter: «C’est une catastrophe pour la Suisse. Nous allons tous en payer le prix.» Mais «on voit ceux qui ont besoin de jouer au «mâle»…» rétorque Politi Blog (@politi_blog) sur le site de microblogging, où la sphère estudiantine et les comptes en langue croate s’agitent énormément. «Les chercheurs et les étudiants suisses premières victimes du dimanche noir», ajoute jph schaller (@JphSchaller) de la RTS.

«Retourkutsche»

C’est «la baffe en retour» (la «Retourkutsche»), selon SRF Info. «STOP à l’innovation massive!!!» commente encore CarlosA_Pena (@CarlosA_Pena) sur Twitter. Mais Matthieu Boillat (@boillatm) fait remarquer, lui, que «la Turquie, Israël ou le Monténégro font partie de #horizon2020 même s’ils n’ont pas la libre circulation». Bon, mais pas non plus de relations bilatérales aussi développées que celles de la Suisse, non? «Bruxelles a décidé de frapper fort», indéniablement, comme le pense la RTBF. D’ailleurs, Géraldine Savary, présidente de la commission de la science et de l’éducation du Conseil des Etats, rappelle sur RTS Info que «la Suisse reçoit aujourd’hui beaucoup plus qu’elle donne. C’est une nouvelle catastrophique», notamment pour le projet Human Brain.

«Je considère que c’est fichu. L’EPFL va baisser, ils l’auront voulu.» Dans la Tribune de Genève, mardi dernier, «c’est un professeur honoraire de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne» qui parlait. «Le conseiller national Jacques Neirynck (PDC/VD) est inquiet et amer. Car recherche et formation suisses sont étroitement liées aux programmes européens, qui paraissent les plus friables.» Il avait raison.