L’Ouganda déclare la guerre totale aux homosexuels

Sur la chaîne de télévision CNN, la journaliste lui demande: «Personnellement, vous n’aimez pas les homosexuels?» Et le président ougandais, Yoweri Museveni, de répondre, tout de go: «Bien sûr, ils sont dégoûtants! [Il lève les yeux au ciel.] Je ne sais pas ce qu’ils font ensemble exactement, on me l’a juste dit, mais ce qu’ils font est terrible. C’est dégoûtant», répète-t-il. Quelques secondes auparavant, il a égrené le message à ses alliés occidentaux choqués, profondément irrités, de Washington à Bruxelles: «Respectez les sociétés africaines et leurs valeurs.»

En déclarant «la guerre aux homosexuels», passibles de prison à perpétuité, selon le titre de Libération, l’Ouganda a donc rejoint depuis lundi le peloton des 80 pays – essentiellement d’Afrique et du Sud asiatique – condamnant cette pratique. Aussi révoltant que cela puisse paraître au début du XXIe siècle, le «roi» de Kampala, en partie «tombeur» de la dictature d’Idi Amin Dada, mais au pouvoir suprême depuis bientôt vingt-huit ans à force de manipuler la Constitution en sa faveur, n’y va pas par quatre chemins. Ecoutons son vocabulaire, à l’emporte-pièces, dans les morceaux choisis par Le Nouvel Observateur.

Et les «superbes femmes»?

«Il y a quelque chose qui ne va vraiment pas chez vous», lance-t-il à l’adresse des homosexuels, après avoir signé la loi qui durcit la répression anti-gays, interdisant toute «promotion» et obligeant à la délation. Car «je n’arrive toujours pas à comprendre qu’on ne puisse pas être attiré par toutes ces superbes femmes et qu’on soit attiré par un homme», dit-il. Pour ce chrétien évangélique, on n’est pas «homosexuel par nature (...) mais par choix». Un choix souvent dicté selon lui par l’argent, de nombreux homosexuels étant «en réalité des mercenaires». Tous des prostitués? Ce n’est pas clair...

Mais ce n’est pas tout. Aux yeux de Museveni, l’homosexualité en Ouganda «est provoquée par des groupes occidentaux arrogants et inconscients qui viennent dans nos écoles recruter des homosexuels, convertir à l’homosexualité et au lesbianisme». Ils y importent «la fellation et le sexe oral en général», «pas sain» et source de MST. Et de conclure: «La bouche sert à manger, pas pour le sexe. La bouche est conçue pour embrasser. (...) Vous posez la bouche là, vous récupérez des vers et ils entrent dans votre estomac parce que c’est la mauvaise adresse.»

Une justification «hallucinante»

Le comble, détaille Metronews, est que Museveni ne comptait d’abord pas signer le projet de loi. «Mais la justification qu’il donne est absolument hallucinante. Il pensait en effet que les personnes «naissaient homosexuelles». Il ne s’agissait alors que d’une «déviation de la nature» parmi d’autres comme «les albinos, les personnes infertiles, etc.» Donc il ne paraissait pas juste au président de condamner des personnes sur le simple «fait d’êtres nées anormales». D’où son refus initial.» Entre-temps, il s’est renseigné et en a déduit que l’homosexualité était «une déviance volontaire qui doit être condamnée».

Du coup, certains partenaires de l’Ouganda, comme les Pays-Bas, ont déjà annoncé qu’ils gelaient leurs aides au pays. «Les dispositions les plus controversées», explique Le Figaro, qui prévoient «la peine de mort en cas de récidive ou de rapport avec un mineur ou, en se sachant porteur du virus du sida, ont elles été abandonnées». Et d’ajouter que «ce nouvel arsenal juridique a suscité des critiques virulentes de la part des défenseurs des droits de l’homme et des gouvernements occidentaux, en particulier des Etats-Unis, cet allié clé auquel le New Vision de Kampala adresse les justifications présidentielles. D’ailleurs, sur son compte Twitter, Susan Rice, conseillère à la sécurité nationale, évoque un «triste jour pour l’Ouganda et le monde»:

Europe1 a demandé à «un militant ougandais d’une association de défense des droits des homosexuels, ce que cette loi allait changer». Coordinateur au sein de Gala Initiative Uganda, une association qui vise à «améliorer» la vie des homosexuels, bisexuels et transgenres dans le pays, il explique que cela «lui déchire le cœur»: «Aujourd’hui, tout le monde a peur», ajoute-t-il, en précisant que «le gros problème, selon lui, concerne le sida. Car les personnes contaminées ne vont plus oser aller se faire soigner.»

Un «tabou» et une «abomination»

Mais il faut savoir que «dans l’esprit de la majorité des Ougandais, l’homosexualité est un «tabou» et une «abomination». D’où le titre du Daily Monitor de Kampala: «Joie et colère.» «Un homosexuel n’est pas vu comme une personne: c’est un animal, une bête», dénonce le militant. Si un voisin «se rend compte que vous êtes homosexuel, il interdira à ses enfants de vous approcher». (...) Dans les médias ougandais, on découvre régulièrement des listes de personnes dénoncées comme étant gay, avec «leur nom, leur travail».

Des dénonciations aux conséquences souvent dramatiques, comme en 2011, quand un magazine local a publié une liste de cent personnes, avec leurs photos et leurs adresses, et cette mention: «Pendez-les». «David Kito Kisule, un des militants les plus actifs de la cause, figurait sur la liste. Il porte alors plainte contre le journal et obtient réparation.» Mais quelques mois plus tard, il est battu à mort chez lui, raconte le New York Times.

Que faire, alors? Fuir le pays? Moyennant une vingtaine de dollars, une somme peut-être pas impossible à réunir pour un Ougandais, les «coupables» pourraient bien se rendre au Kenya voisin. Mais à quoi bon? demandent les militants. Ce pays est «encore plus homophobe que l’Ouganda. On y punit également les relations homosexuelles, comme dans près de trois-quarts des pays d’Afrique.»