Patrick Ridremont: l’invité surprise

M a première réaction à l’annonce des nominations a été l’hilarité, je n’y croyais pas, j’en ris encore. D’ailleurs, autant vous prévenir : pour vendredi, je n’ai loué que le dessus du smoking. Si je dois monter sur scène, je serai bien embêté !  » Patrick Ridremont n’en revient toujours pas : vendredi, il sera en lice avec rien moins que Blue Jasmine, Blancanieves, Gravity, La Grande Bellazza, Django Unchained et The Broken Circle Breakdown pour le César du meilleur film étranger. « C’est un peu comme un unijambiste qui se retrouverait en compétition avec Usain Bolt : je me demande ce que je fais là mais, en même temps, il faut que j’en profite. »

Avec ce premier film qu’il avait en lui depuis 20 ans, Dead Man Talking (avec François Berléand, Virginie Efira et Christian Marin dans son dernier rôle), tournant autour d’un condamné à mort repoussant l’heure de son exécution en racontant sa vie, le comique bruxellois fait donc son entrée dans le cercle fermé des réalisateurs « césarisables ». S’il ne s’agit pas d’un succès démentiel (18.000 entrées), cette fable à la façon des Mille et une Nuits a fait l’objet d’une critique plutôt bienveillante et sympathique. Pourtant, ici ou là, certaines formules assassines ont été prononcées : c’est qu’au contraire du film de Van Groeningen, celui de Ridremont jetterait le « discrédit » sur les prix du cinéma français. Quel honneur ! « Ce n’est pas tant mon film qui jette le discrédit sur les Césars que les Césars qui jettent du crédit sur mon film ! Quand je pense à la façon dont Nexus, mon producteur, s’est battu, je trouve cela déplacé comme attaque. Je vais vous dire la vérité : n’importe quel producteur de film étranger peut demander que son film soit inclus dans le coffret des Césars s’il paye 8.000 euros. Vu que le film a fait moitié moins d’entrées en France (8.000) qu’en Belgique, personne ne l’a vu et si l’on estime que cela vaut la peine, il fallait lui donner une chance d’être vu. Au contraire de son coproducteur français, mon producteur belge, Sylvain Goldberg, qui a perdu de l’argent avec ce film, a estimé que cela valait la peine d’en perdre encore un peu pour adjoindre Dead Man Talking au coffret. Mais cela ne force pas les 7.000 votants du cinéma français à regarder le film, encore moins à l’aimer et encore moins à voter pour lui. A côté de cela, ce qui a incontestablement joué pour moi, c’est l’exception française, le fait qu’il est désormais obligatoire d’avoir un film francophone dans la catégorie “meilleur film étranger”. C’est d’autant plus formidable qu’on me reprochait justement d’avoir fait ce film en français, me disant que la thématique de la peine de mort était plus porteuse en anglais. »

C’est aussi la raison pour laquelle, dans un passé récent, Joachim Lafosse, Bouli Lanners, les frères Dardenne, Olivier Masset-Depasse, Aubier et Patar se sont retrouvés nominés dans la catégorie film étranger.

Et maintenant ? « On m’a reproché le fait que Dead Man Talking n’entrait pas dans une catégorie claire, le drame, la comédie… J’écris deux scénarios, un thriller que je vais réaliser, et une comédie que je ne réaliserai pas. Le fer est chaud avec les Césars, il faut le battre. »

Prof à l’Ihecs, spécialiste des voix off dans la pub, touche-à-tout que l’on a connu dans l’impro, à la radio, à la télé, Ridremont est-il aujourd’hui devenu d’abord un réalisateur ? « C’est effectivement l’orientation que je vais donner à mon existence dans les prochaines années. Jusqu’ici, j’étais difficilement “estampillable”. Il faut faire 6, 7 films pour être considéré comme un réalisateur. Voilà, je vais faire 6, 7 films de merde alors pour être reconnu. »