Bannir les produits des colonies

S top aux relations économiques de la Belgique avec les colonies israéliennes ! » Ce slogan illustre la campagne intitulée « Made in Illegality » lancée ce 27 février 2014 à Bruxelles par une vingtaine d’organisations belges de défense des droits de l’homme, de développement et des syndicats, soutenus par la FIDH (Fédération internationale des ligues des droits de l’homme).

Pourquoi « Made in Illegality » ? Par allusion au label « Made in Israel » qui figure sur la plupart des produits commerciaux exportés vers l’Europe et le reste du monde depuis les colonies israéliennes dans les territoires occupés. Ce label trompeur – la communauté internationale ne reconnaît pas comme faisant partie du territoire israélien les conquêtes territoriales d’Israël de 1967 – rend d’ailleurs difficile l’identification formelle des produits issus des colonies israéliennes, toutes illégales aux yeux du droit international.

Pour ces ONG, dont le CNCD-11.11.11, le MOC, la FGTB, la CSC, le CNAPD, l’Union des progressistes juifs de Belgique ou Pax Christi Wallonie-Bruxelles, il n’est pas acceptable que l’Union européenne et la Belgique dénoncent régulièrement la colonisation israélienne tout en maintenant des contacts commerciaux et financiers avec ces mêmes colonies, comme l’a expliqué en conférence de presse ce jeudi Arnaud Zacharie (CNCD).

La campagne se fonde sur une étude juridique fouillée, de quelque 75 pages, rédigée par François Dubuisson, du Centre de droit international de l’ULB. Ce dernier y détaille, comme il l’a expliqué hier, que « l’analyse de la politique de colonisation d’Israël et ses ramifications ne consiste pas seulement à examiner l’installation dans les territoires occupés des citoyens israéliens mais nécessite de considérer les réquisitions de terres, la sécurisation des sites par un mur, la construction de routes discriminatoires, etc, qui sont contraires, entre autres, à la IVe Convention de Genève ».

Le juriste constate que « tout le monde est d’accord sur le constat mais il faut aussi savoir qu’il engendre des obligations légales, au nombre de trois : faire respecter le droit international humanitaire, ne pas reconnaître comme licite une situation illégale et ne pas prêter aide ou assistance au maintien de cette situation illégale ».

Mais pointer du doigt les produits commerciaux qui émanent des colonies israéliennes, promouvoir leur boycott, n’est pas finalement s’arrêter à mi-chemin ? Puisque, en définitive, l’Etat d’Israël est le premier responsable de la colonisation, qu’il a toujours soutenue activement et qu’il soutient encore plus que jamais… Rabab Khairy, chargée de recherche et de plaidoyer au CNC-11.11.11 n’élude pas la question. « C’est un choix que nous avons fait. Celui de l’efficacité. D’un point de vue juridique, il est imparable de stigmatiser les produits des colonies. Ainsi, nous estimons avoir plus de chance d’obtenir la compréhension de nos interlocuteurs politiques en Belgique et en Europe, puisque l’idée est d’étendre la campagne ».

Dans notre pays, le but est notamment d’interdire l’importation des produits des colonies, d’exclure les colonies des accords bilatéraux et de dissuader les entreprise belges d’y investir.

Par la voix de deux élus nationaux, Juliette Boulet et Benoît Hellings, Ecolo a rebondi sur le lancement de cette campagne en diffusant un communiqué d’appui ce jeudi. « En restant muet sur le sujet, dit notamment le texte, le gouvernement fédéral ne respecte dès lors pas ses obligations internationales et, en outre, n'informe pas correctement les consommateurs belges sur l'origine des produits qui se trouve dans les rayons de nos magasins. »