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«The broken circle breakdown»: après le César, objectif Oscar!

«The broken circle breakdown» , César du meilleur film étranger, ne serait rien sans l’acteur Johan Heldenbergh. Entretien.

Journaliste au service Culture Temps de lecture: 4 min

Quelle semaine, pour Johan Heldenbergh ! Qui vient d'offrir à la Belgique, ce vendredi soir, le César du meilleur film étranger. Et qui sera dès ce samedi matin dans l'avion pour Los Angeles, où The Broken circle breakdown, le film de Felix van Groeningen dont il est l'acteur et l'inspirateur, tentera d'aller chercher l'Oscar du meilleur film étranger. Ce serait une première dans l'histoire du cinéma belge. Nous l'avons rencontré cette semaine à Gand, dans les couloirs de la compagnie Cecilia, où Heldenbergh finit de répéter la pièce "Ensor", de Arne Sierens.

Dans quel état d’esprit vous sentez-vous ?

Je suis complètement fier que mon bébé ait grandi et mène cette vie aujourd’hui, jusqu’en Amérique. Que l’on gagne ou pas, je m’en fous, je serai dans la salle. C’est un rêve de petit garçon.

Où avez-vous été chercher cette histoire qui vous a inspiré « The Broken circle breakdown » ?

C’est une histoire inventée, du moins aux tout débuts. Mais comme je touchais par le sujet, la mort d’un enfant malade, à quelque chose de très douloureux, j’avais une exigence de vérité absolue. Il fallait 100 % d’intégrité, d’honnêteté. Sans quoi pour les gens qui ont perdu un enfant dans de telles circonstances, ce serait une insulte. J’ai donc commencé à faire des interviews avec des gens, sur le sujet. Notamment avec la maman d’un enfant qui est mort. Je me suis beaucoup inspiré de cette femme. Qui disait, par exemple, que le chagrin, ça ne se partage pas. Je voulais à l’origine parler des religions, et j’avais besoin d’une histoire pour supporter ça. Je voulais que le chagrin immense transforme un homme en un être enragé, et qu’au même moment la femme devienne de plus en plus introvertie, et en contact avec la foi.

Comment avez-vous vécu le fait de passer votre bébé théâtral à Felix ?

Ma mère, qui a vu plusieurs fois la pièce, m’a dit : « toute la pièce de théâtre est dans le film ». C’est la même histoire, c’est la même atmosphère, mais avec seulement 5% des mots utilisés. Et ça c’est le génie de Felix. Dans la pièce, le personnage d’Elise raconte à Didier que ses tatouages sont là pour couvrir les prénoms de ses ex-copains. Elle dit que c’est comme un journal sur mon corps. Et Felix a pris ça au mot et a apporté les vrais tatouages. C’était très visuel.

Comment décririez-vous Felix ?

Felix est le seul metteur en scène en qui j’ai pleinement confiance. J’ai dit à Felix: fais comme tu le sens, tu as 100% de liberté. Un réalisateur a le droit et la nécessité de se réapproprier un texte de théâtre. Je connais Felix de Gand. A 19 ans, il faisait déjà du théâtre. On avait beaucoup de respect l’un pour l’autre. Dès les premières minutes, sur Steve and Sky, sono premier film, on pouvait sentir que c’était un réalisateur et metteur en scène de comédien. Il comprend le travail du comédien. Il aime répéter beaucoup, et ça j’aime. C’est un type spécial, qui demande un engagement total. Mais qui donne aussi beaucoup d’amour. C’est le meilleur réalisateur avec qui j’ai jamais travaillé.

La pièce a été écrite et créée par vous et Mieke Dobbels. Comment avez-vous vécu le fait que Felix ait choisi Veerle Baetens plutôt qu’elle, pour le film ?

Ça a été très très dur. Surtout pour Mieke. Mais pour moi aussi, parce qu’il y avait au centre une question de loyauté. Je voulais que Mieke soit avec moi sur le film, et garde le rôle d’Elise. J’ai poussé Felix à faire des auditons. Elle en a fait, très très bien d’ailleurs. Mais Veerle aussi était très très bien, et emmenait Elise tout à fait ailleurs. Autant Felix adorait la pièce, avec Mieke, autant il voyait pour le film une autre Elise. Avec Mieke, ça a été difficile pendant une année... mais on va bientôt retravailler ensemble. Jusqu’à aujourd’hui encore, il y a des gens qui viennent me trouver, souvent dans des bars, en me disant «tu n’avais pas le droit de jouer dans le film sans avoir Mieke à tes côtés dans le film!» Et toujours je me sens coupable. Mais comme j’avais donné la pleine liberté à Felix, qu’est-ce que je pouvais faire? J’ai pensé un moment à ne pas faire le film, pour ces raisons, mais pas très longtemps.

Avez-vous reçu des consignes particulières, pour la soirée des Oscars ?

On doit être dans une limousine vers 16 heures, dimanche après-midi, et on devra y rester deux heures dedans... pour faire 200 mètres. Parce qu’on doit passer quinze stations de sécurité. Après ça, une heure sur le tapis rouge, soit là aussi 200 mètres, avec interview, photos... Un petit verre en entrant. Dans la salle, si quelqu’un doit aller à la toilette, il y a tout le temps en permanence 30 personnes en smoking qui sont là pour occuper les places abandonnées un court instant. Aucun fauteuil ne pouvant être inoccupé, pour les caméras. Après la cérémonie, il y aura des «party». Je prends l’avion de Bruxelles, ce samedi matin, au lendemain des César, et je reviens déjà lundi.

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