Veerle Baetens, la petite « BV » promue grande

Archive : article publié le 30 novembre 2013

C’est une belle histoire. Certes, forgée dans la sueur et le travail acharné. Mais une belle histoire, que demain d’aucuns dans le monde des aspirants-comédiens déclineront peut-être sur le mode du conte de fées. A 35 ans, Veerle Baetens, longtemps considérée comme une vedette locale de séries télé flamandes, a soudainement changé, par la grâce d’un film, de division. Pour son rôle il est vrai soufflant d’Elise dans The broken circle breakdown, là voilà citée en modèle aux côtés de Jared Leto et Oscar Isaac (Inside Llewyn Davis, des frères Coen) par le New York Times, qui écrit que la comédienne est habitée par une «intensité telle qu’on a l’impression que les tatouages qui couvrent son corps ne sont pas dessinés avec de l’encre mais filigranés de nerfs à vif ». Pour Screen International, la Bible des cinéphiles, voilà «la sensation belge la plus explosive depuis Matthias Schoenaerts».

En avril dernier, Veerle Baetens décrochait le prix d’interprétation au festival new-yorkais de Tribeca. Et là voilà qui pourrait, samedi prochain, remporter celui décerné par les European Film Awards, qui sont les Oscars du cinéma européen. Elle y est pratiquement favorite.

Avant cette tornade? Veerle, native de la région anversoise (Brasschaat), grandit avec ses frères entre deux parents mélomanes qui enseignent. Elle fréquente l’école de musique, déteste le solfège, mais étudie le piano jusqu’à ses 18 ans. Puis, fan devant l’éternel de Michael Jackson, vire vers la comédie musicale, au conservatoire de Bruxelles. «La musique était un vrai hobby, se souvient-elle, mais je me suis découvert une passion: jouer, et développer des personnages.»

Les débuts sont peu folichons. Mais elle décroche néanmoins des rôles, surtout pour la télévision (VTM). Un soap, Sara, va la rendre populaire auprès du public flamand. Là voilà «BV»: «bekende vlaming», célébrité locale. «Ce rôle de vilain petit canard m’a mis sur la carte flamande», dit-elle, reconnaissante. Du coup, le cinéma flamand s’ouvre à elle. Elle est de l’aventure de Loft, aux côtés de Schoenaerts. Elle est dans le bon wagon. Lorsque le producteur du futur The broken circle breakdown lui propose une audition pour le rôle d’Élise, elle part au combat, comme une catcheuse. En rêvant de ce rôle créé à la scène par Mieke Dobbels. Dans certaines gazettes flamandes, sa réputation de comédienne aux dents longues en prend un coup. Mais Veerle s’accroche. Et finit, en décrochant le rôle, par décrocher surtout son rêve.

Felix van Groeningen, stupéfait par l’engagement total, physique et émotionnel, de la comédienne, l’invite à s’inspirer librement d’actrices comme Gena Rowlands dans Une femme sous influence ou Kate Winslet dans Eternal sunshine of the spotless mind.

On connaît la suite: dès la sortie du film, la bombe est dégoupillée: le monde entier tombe amoureux de Veerle. Dont on découvre aussi les talents de chanteuse. Là voilà aujourd’hui à la tête de Dallas, petite entreprise d’électro pop sucrée, qu’elle a créée avec la francophone Sandrine Collard. Veerle y chante (et écrit!) en français.

Elle sait qu’elle n’est pas à l’abri d’un succès international. Qu’en ferait-elle? Elle ne se voit pas dans le cinéma français, «allergique aux accents». Suivrait-elle la carrière américaine de Schoenaerts? Pas si sûr, dit-elle. Sauf si Javier Bardem ou Daniel Day-Lewis sont dans les parages. «Si Daniel a besoin de quelqu’un pour lui servir le café, c’est quand il veut!»