Joëlle Milquet: «Il faut un projetà dix ans, Bruxelles 2025»

La première surprise de la campagne, à Bruxelles, c’était Joëlle Milquet, glissant, début janvier, du fédéral vers la Région. Depuis lors, elle s’attelle à la rédaction d’un projet pour la capitale, dont elle nous dévoile les accents majeurs.

Tout le monde dit : Bruxelles est à un tournant de son histoire.

Oui, on est au début d’une nouvelle ère. On est à un momentum, peut-être le plus important du pays. La Région est devenue une Région à part entière, elle est refinancée, et reçoit des compétences clés. On peut vraiment se lancer dans une nouvelle ère décomplexée et responsabilisée. On ne peut plus dire : c’est de la faute du fédéral qui nous sous-finance ou des Flamands qui veulent nous occuper. On doit prendre son destin en mains. Avec optimisme et enthousiasme.

Concrètement ?

Je propose un projet à dix ans, Bruxelles 2025. C’est le contrat d’avenir pour les Bruxellois. Cela doit être la seule stratégie, dans toutes les politiques, pour tous les niveaux de pouvoir à Bruxelles. On doit prendre des engagements clairs, précis et chiffrés, pour les Bruxellois, mais on doit le faire avec eux et avec les forces vives.

Quelles doivent en être les priorités ?

Il y en a cinq. On veut une métropole éducative – ce qui relève de l’enseignement, du savoir… Innovante, pour la création d’emplois. Humaine et solidaire, ce sont les services aux personnes, la diversité réussie. Sereine, c’est la qualité de vie, la douceur de vivre. Sûre : c’est le respect de l’autre et des règles. Cela donne cinq gros projets, qui concourent au même objectif : donner une place à chacun. Mais pour réussir ça, il faut une toute nouvelle méthode de gouvernance.

Laquelle ?

Je l’ai appelée la méthode des convergences. Qu’est-ce qui a toujours manqué à Bruxelles, qu’est-ce qui reste notre faiblesse ? Cette sorte de médiévalisme organisationnel : il y a un éclatement des structures et des politiques. On a toujours été incapable d’avoir une seule stratégie à dix ans, avec des objectifs chiffrés. Je propose donc qu’au lendemain des élections, on crée un comité de convergence, réunissant tous les niveaux de pouvoir actifs à Bruxelles. Et, ensemble, on définirait la feuille de route, pour dix ans, qui s’impose alors à chacun selon ses compétences.

Ce n’est pas le cas pour l’instant ?

Regardez comment fonctionne Beliris (NDLR : l’enveloppe budgétaire octroyée par le fédéral à Bruxelles, pour des projets liés à son statut de capitale). Demandons au fédéral d’adapter Beliris à cette feuille de route. Beliris n’est pas super bien géré : les moyens sont saupoudrés, et pas entièrement utilisés. Il faut mettre ces moyens au service des grands objectifs de déploiement bruxellois et impliquer aussi les Communautés. Et les communes en leur imposant de respecter les objectifs communs et y lier leur financement. On arrête de se demander si on va fusionner les communes, bouger leurs frontières. Arrêtons ça ! Il faut aussi mettre à plat toutes les structures à Bruxelles et les simplifier et voir où il y a des doublons. Exemple, Bruxelles-Formation et Actiris, ça doit devenir une seule entité. On devrait aussi aboutir à un seul règlement de police.

C’est le Plan Marshall bruxellois ?

Bruxelles ne s’est jamais dotée d’une stratégie collective, contrairement à la Flandre et à la Wallonie. Il faut le faire (NDLR : lire ci-dessous).

Vous êtes candidate ministre-présidente ?

Depuis que je suis en politique, je n’ai jamais dit que je voulais tel ou tel poste.

Le fait de ne pas dire que vous êtes candidate alimente le doute quant à votre envie de vous investir vraiment à Bruxelles

Ah si, je peux le dire. Si on m’en donne le signal, je le fais sans problème ! Je suis motivée, je suis prête à le faire. Ce serait la première fois qu’une femme serait ministre-présidente, ce serait bien, non ?