Snowden: pour ne plus être espionné, apprenez à crypter

Applaudi comme une rock star, attendu comme le messie, religieusement écouté, répercuté immédiatement aux quatre coins des horizons de la Toile: c’était Edward Snowden, hier à Austin, au Texas, où il était invité par le South by Soutwest Interactive, un immense festival et symposium multimédia, pour marteler son immuable message: défendez-vous contre les écoutes, prémunissez-vous contre les atteintes à votre vie privée en compliquant la vie des espions.

Bien sûr, Edward Snowden n’était pas en chair et en os à Austin: c’est par vidéoconférence sur écran géant qu’il s’est entretenu avec le maître de cérémonie, son avocat Ben Wizner et un défenseur des droits des citoyens, Chris Soghoian. Par la grâce des moyens de diffusion numérique, l’entier de son intervention est visible sur tel canal de YouTube, de même que sur tel autre (deux précautions valent mieux qu’une). Quant au script de l’intervention, il existe également, accessible sous ce lien. Ce que nous rappelle, dans un commentaire publié sur le Washington Post, l’usager WhateverHappenedToCivility: c’est ce que l’on appellera de la curation citoyenne!

Il n’a pas été facile aux organisateurs de monter un tel événement, comme le rappelle Ben Wizner: Snowden apparaîtra sur l’écran, via un circuit compliqué de détours prudents. Et un membre du Congrès des Etats-Unis a même écrit aux organisateurs de South by Southwest pour les enjoindre de retirer leur invitation à celui qui ne méritait pas de jouir de ses pleins droits d’expression… Ben Wizer ne citait pas son nom: Mike Pompeo… cela ne s’invente pas! Un Mike Pompeo qui a vite reçu, du directeur du Festival une réponse cinglante: dans Forbes, Hugh Forrest faisait savoir qu’il n’avait jamais décommandé un orateur et qu’il se réjouissait de voir venir une fois pour une conférence la NSA.

Débat historique donc (un de plus!) dont Le Monde retient ceci sous un titre flamboyant «Edward Snowden: «La NSA met le feu à Internet, vous êtes les pompiers qui peuvent la sauver».

Luc Vinogradoff poursuit: «S’exprimant de Russie, avec une connexion précaire, traversant pas moins de «sept proxies», Edward Snowden est apparu avec en arrière-plan l’article premier de la Constitution américaine et un message clair: s’il a voulu être ici, à Austin, devant «la communauté qui construit Internet», c’est pour lui dire que c’était elle qui pouvait le «sauver». «La NSA met le feu à Internet et vous êtes les pompiers», a-t-il lancé sous les applaudissements». Puis le journaliste débite lapidaire: pour Snowden, la surveillance de masse de la NSA est inefficace; il s’agit de s’en prémunir en deux temps. Un premier temps qui est législatif et donc politique: faire changer les lois à Washington. Et un second temps qui est citoyen: faire en sorte de compliquer et de rendre très onéreux la tâche des espions: en cryptant ses données. Et en apprenant à crypter.

Dans cette optique, le milieu des techniciens de l’internet a un rôle à jouer: celui de développer des technologies propres à pourrir la vie de l’espionnage de masse.

Tout cela, au nom de la Constitution, dont, comme le rappelle la Frankfurter Runschau, l’image apparaissant au dos d’Edward Snowden n’était pas placée là par ironie et provocation. Car c’est parce qu’il a juré sur la Constitution de la respecter et de la protéger que Snowden s’est lancé dans son combat… à force de la voir bafouée par ceux qui étaient censés la respecter. «Les spectateurs, dans les trois immenses salles du palais des Congrès d’Austin applaudissent et jubilent à ces mots»… Comme ce jeune développeur de 18 ans, Luke Wright qui a enfin compris pourquoi Edward Snowden, en révélant au monde tous ces secrets, avait agi: «Pour que la branche de l’informatique en fasse plus, beaucoup plus afin de protéger la sphère privée des citoyens».

Pour le Wall Street Journal, la leçon de cette historique prise de parole se résume à ce titre: pragmatique: «Pour Snowden à SXSW, le cryptage doit être renforcé!».

On ne peut être plus clair: tous citoyens libres, tous crypteurs!