«Les violences policières restent impunies», selon la Ligue des Droits de l’Homme

La Ligue des Droits de l’Homme (LDH) a dressé mercredi un premier bilan de son Observatoire des violences policières, lancé il y a un an. L’objectif d’un tel outil reste inchangé : dénoncer le comportement des quelques fautifs qui desservent la fonction et, par leurs actes, ancrent le sentiment d’impunité au sein de la population mais aussi de la profession. La Ligue est parvenue récemment à deux constats en Belgique : la criminalisation de la contestation sociale et l’impunité de fait dont jouissent les auteurs de violences policières, rappelle Alexis Deswaef, président de la LDH. Celle-ci, remplissant son «  rôle de vigilance sur des situations qui portent atteinte aux droits fondamentaux », a décidé de lancer en mars 2013 un site de recueil de témoignages (témoins ou victimes) de violences policières.

Après un an, la LDH, malgré un échantillon assez maigre de 88 témoignages validés, a tenu à dégager quelques tendances. Le site a recueilli une majorité de témoignages de «  monsieur et madame Tout-le-monde », ce qui inquiète l’association qui voit là une banalisation et une normalisation du phénomène.

Par ailleurs, le traumatisme des victimes ou témoins directs semble non négligeable, 34 % des témoignages datant d’avant 2013. Cette importante part de récits du passé confirme, selon la Ligue, que témoins et victimes n’ont jamais eu l’occasion réelle de s’exprimer et qu’ils ont le sentiment que les actes pour lesquels ils sont concernés sont restés impunis.

Seules 41 % des victimes ont porté plainte

Enfin, seuls 41 % des victimes ont porté plainte. Certaines plaintes sont adressées au Comité P dont la Ligue dénonce son manque d’indépendance. Elle rappelle à ce titre que le Comité des droits de l’Homme de l’ONU a émis des doutes quant à la capacité du Comité P à traiter dans la transparence les plaintes portées à l’encontre des fonctionnaires de police. La LDH se montre satisfaite de ce premier bilan. Le but n’est pas de recenser de façon exhaustive les cas de violences policières en Belgique francophone mais bien de faire réagir les pouvoir publics qui ont tendance à camoufler un tel phénomène, conclut-on à la Ligue.

Outre les victimes et les témoins issus de la société civile, les responsables de l’Observatoire espèrent que les témoignages de policiers eux-mêmes (victimes ou témoins) permettront de dénoncer encore plus efficacement le phénomène. Toujours à propos des rapports entre forces de l’ordre et société civile, le juriste Mathieu Beys, par ailleurs membre de l’Observatoire des violences policières, a présenté mercredi son «  manuel juridique et pratique » intitulé «  Quels droits face à la police ? ». Il s’agit d’une description des pouvoirs de la police et de leurs limites, explique l’auteur. Le grand public pourra trouver une information «  de manière claire et accessible » autour de thèmes multiples comme le contrôle d’identité, l’arrestation ou encore les écoutes.

La Ligue a rappelé qu’elle participerait à la manifestation contre les violences policières, organisée samedi à Bruxelles par la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), dans le cadre de la journée internationale contre les « brutalités policières ».