Alerte smog: toute la Belgique doit lever le pied

La météo exceptionnellement printanière de ces derniers jours nous réserve décidément bien des surprises. Après de réjouissants bains de soleil, nous voici, ces jeudi et vendredi, confrontés à un pénible pic de pollution sur l’ensemble du pays. Pour être précis, il s’agit d’une trop forte concentration de particules fines, « plaisir » d’ordinaire réservé aux jours d’hiver secs, froids, peu venteux et ensoleillés. Ces « PM10 », dont le diamètre est inférieur à 10 microns, sont présents aujourd’hui dans l’air à raison de 70 à 100 microgrammes par mètre cube en fonction des zones géographiques. De quoi parler de « seuil d’alerte » et de qualifier la qualité de l’air de « très médiocre ».

À qui la faute ?

Principalement aux activités humaines émettrices de particules fines, transports et industrie en tête. Et un peu aussi à la météo qui n’arrange rien. « Nous connaissons actuellement de mauvaises conditions météorologiques de dispersion, explique Thierry de Vos, collaborateur à la Cellule interrégionale pour l’environnement (Celine). D’une part, il y a une inversion des températures : un couvercle d’air chaud chapeaute une couche d’air plus froid, ce qui empêche les polluants de se diluer verticalement. D’autre part, le vent est faible, ce qui rend très faible le transport horizontal des particules. Ramenés à un volume plus petit, les polluants se concentrent. » En outre, il y a formation de particules secondaires issues des épandages agricoles.

Comme cette pollution accentuée a été constatée deux jours de suite en Wallonie, à Bruxelles et en Flandre, la Celine a tiré la sonnette d’alarme et les plans d’actions régionaux ont été déclenchés pour des raisons de santé publique. La principale mesure pour Monsieur et Madame Toulemonde, c’est la limitation de vitesse automobile avec contrôles policiers renforcés. Il ne s’agit pas de punir les conducteurs mais de réduire les émissions de particules fines crachées par les pots d’échappement : selon Touring, monter trop haut dans les tours peut faire consommer jusqu’à plusieurs litres de carburant supplémentaires aux 100 km. Et polluer d’autant plus. Un argument économico-écologique qui a quoi calmer les pieds lourds.

Limitations de vitesse

Comme les véhicules constituent de gros émetteurs de particules fines, une batterie de mesures s’applique aux conducteurs, tout le temps de l’alerte au pic de pollution, soit de jeudi à vendredi inclus.

Les limitations. À Bruxelles, pas question de dépasser les 50km/h, y compris celles d’ordinaire autorisées jusqu’à 70 km/h. En Wallonie, on veillera à respecter une limite de 90 km/h sur la E42, la E19 de Nivelles vers Bruxelles, la E411 de Rosières vers Bruxelles ainsi que sur le ring de Charleroi, soit les axes les plus exposés aux particules fines. En Flandre, toutes une série d’axes routiers et autoroutiers sont soumis à une limitation spéciale à 90 km/h.

Les indications. Les autorités régionales et fédérales avertissement scrupuleusement l’automobiliste. Par voie de presse – cet article est la preuve que le message est bien passé. Mais aussi par des signalisations sans ambiguïtés. Ainsi, à Bruxelles, 200 panneaux de limitations à 70km/h ont été masqués pour que s’appliquent les 50km/h par défaut en agglomération. Les panneaux lumineux aux entrées et sorties des tunnels de la Petite ceinture rappelleront l’alerte. La Wallonie suit le mouvement notamment sous l’impulsion du centre Perex, tout comme la Flandre qui déploie ses panneaux d’alerte au smog. Sur autoroute, le message passera aussi aux entrées, ainsi que sur les portiques lumineux au-dessus des bandes de circulation.

Les contrôles. « Le message est clairement passé, les automobilistes n’ont aucune excuse s’ils ne respectent pas les limitations de vitesse », indique la police fédérale qui procède durant deux jours à « des contrôles renforcés ». Lors du dernier pic de pollution en date, les 24 et 25 janvier 2013, 9.292 automobilistes ont ainsi été verbalisés sur autoroute. Les zones de police locale sont également sur le qui-vive pour s’assurer que les limitations sont bien respectées.

Les alternatives. Pour améliorer la qualité de l’air, la Celine recommande chaudement aux automobilistes de laisser leur carrosse au garage et de se déplacer en transports en commun. Ça tombe bien : les bus des Tec seront gratuits jusqu’à la fin du seuil d’alerte. Du côté de la SNCB, on ne se montre pas si généreux mais on observe la situation en temps réel pour répondre, le cas échéant, par des trains supplémentaires, à une augmentation de la demande.

À Bruxelles, la gratuité n’est en revanche pas encore à l’ordre du jour, la région n’appliquant une telle mesure au réseau STIB qu’à partir du seuil d’alerte 2.