«Merci maman, merci papa»

Le PS incarne-t-il le phénomène de reproduction sociale décrit par le sociologue Pierre Bourdieu et… Karl Marx ? La politique, côté PS, exercerait-elle, comme l’école, un « pouvoir de violence symbolique » au service des classes dominantes pour perpétuer leurs privilèges ? Ce sont du moins les références qui viennent à l’esprit d’Emmanuel De Bock (FDF), à la lecture des listes du PS bruxellois (Chambre et Région), finalisées par un comité de sages (Laurette Onkelinx, Philippe Moureaux, Charles Picqué, Rudi Vervoort et un représentant des jeunes PS) et dévoilées samedi à la bien nommée (?) « Maison du peuple ». Selon le député FDF, en effet, le PS « organise le mandat comme une charge familiale qui se transmet ».

Les « preuves » par les candidats suivants : Julien Uyttendaele, le beau-fils de Laurette Onkelinx, Mathieu Vervoort, fils du toujours ministre-président Rudi Vervoort, Catherine Moureaux, fille de Philippe Moureaux et de la présidente du Parlement bruxellois Françoise Dupuis, et Carlos Crespo, époux de Catherine Moureaux. Tout ça, alors que « la famille Moureaux et Onkelinx qui (pourtant) font la morale aux autres partis en les traitant de « rentiers » »

Catherine Moureaux serait, à elle seule, l’incarnation de cette forme de « transmission » du pouvoir. Entrée au Parlement par la petite porte – suppléante, elle a remplacé Fathida Saïdi, élue sénatrice du 16 juillet 2010 au 7 décembre 2012 puis Olivia P’tito depuis le 12 juillet 2013 –, elle est aujourd’hui pratiquement assurée d’être élue – le PS compte actuellement 20 élus au Parlement bruxellois, en étant 6e effective à la Région.

Il faudra par contre un miracle à son époux, Carlos Crespo, pour siéger au Parlement fédéral, vu sa neuvième et dernière place comme suppléant. Déjà candidat aux élections législatives de 2007, il est au PS depuis presque 10 ans et occupe actuellement les mandats de vice-président de la section PS de Schaerbeek et il est membre du Bureau politique de la Fédération bruxelloise du parti. Etiqueté à gauche de la gauche, il s’est notamment distingué en refusant de voter pour l’accord de gouvernement de la majorité fédérale actuelle lors du congrès de participation de la Fédération bruxelloise.

« Choisis par leurs pairs »

Pari difficile aussi, mais pas impossible, pour Mathieu Vervoort, 3e suppléant à la Chambre, mais qui devra, lui, compter sur un « carton » du PS au fédéral et forcément une participation au pouvoir.

A l’inverse, la voie semble royale pour au moins un « (beau-)fils de » – Julien Uyttendaele – à condition, ici aussi, que le PS reste dans la majorité. Troisième suppléant à la Région, le sémillant conseiller du CPAS de Woluwe Saint-Lambert, fils du constitutionnaliste de l’ULB Marc Uyttendaele, époux de Laurette Onkelinx, et toujours étudiant en droit de l’ULB a toutes les chances de siéger : on se souviendra que, sous la présente législature, six suppléants de la liste PS ont été amenés à remplacer 3 parlementaires appelés à exercer des fonctions au sein du gouvernement bruxellois (Picqué, Kir et Vervoort) et du gouvernement de la Communauté française (Laanan), 2 qui montaient au fédéral (Lalieux et Saïdi) ou encore une parlementaire décédée (Mouzon). Député pourrait être ainsi son premier emploi : « C’est ce que l’on appelle la “garantie jeune” (NDLR : l’engagement de proposer à tout jeune un emploi, une formation ou un stage dans les six mois suivant son inscription comme demandeur d’emploi)  », ironise un membre du PS, surpris comme d’autres camarades de la place avantageuse obtenue par le jeune homme.

Pour le porte-parole de la Fédération du PS bruxellois, Vincent Cordier, ces considérations sont vexatoires : « Il s’agit ici de candidats, qui, même parmi les plus jeunes, ont un parcours de militant et qui ont été choisis par leurs pairs. Quant à Catherine Moureaux, elle a un excellent bilan comme parlementaire ».

Selon lui, il serait injuste de pénaliser un candidat valable en raison du nom qu’il porte. Ce serait dit-il valable pour toutes les… familles politiques. Et de rappeler, pour conclure, que « le PS n’a pas le monopole des “fils” ou “filles de” sur les listes ».