Kuala Lumpur conspué après la disparition du Boeing de Malaysia Airlines

Depuis la disparition du vol MH370, des millions d’yeux traquent sur Internet des éventuels débris du Boeing de Malaysia Airlines. La société d’imagerie par satellite américaine DigitalGlobe a par exemple estimé lundi à environ 24 000 kilomètres carrés la zone désormais couverte par ses images, scrutée par trois millions d’internautes sur une plateforme participative mise en place le 11 mars déjà, trois jours après la disparition du vol MH370. Grâce aussi au site internet de la plateforme participative Tomnod, les geeks internationaux espèrent mettre la main sur cet objet d’hallucination. Et pourtant…

Et pourtant «tout le monde tourne en rond depuis dix jours, même les satellites», relève ce mardi matin l’éditorial de La Gruyère. Qui peine à se résoudre au «plus hallucinant», dit-elle: «Un Boeing pesant 300 tonnes, mesurant 18 m de haut et 65 m de large et contenant 230 passagers s’est volatilisé. Pfft!» La faute à qui? Aujourd’hui plus que jamais, les autorités malaisiennes sont en tout cas «conspuées», constate Courrier international, qui a fait le tour de la presse chinoise et des sites d’opposition malaisiens pour souligner «les ratés de Kuala Lumpur».

La «culture du secret»

Certes, la Malaisie se défend d’avoir saboté le début de l’enquête, ce dont l’a aussitôt accusé la Chine, en fustigeant son «incompétence» ou ce que le Financial Times appelle sa «culture du secret». Sa communication «brouillonne», dit pour sa part L’Express. Tout en reconnaissant que la communication du Ministère malaisien des transports sur Facebook «semble de plus en plus rodée, passant de brefs messages en malais à de longs communiqués en anglais, détaillant point par point les informations».

Reste que depuis maintenant dix jours, le spectre des critiques s’est encore élargi: «Les autorités malaisiennes encaissent les accusations des médias internationaux, des pays participant aux recherches, comme le Vietnam, ou de ceux dont des ressortissants se trouvaient à bord du Boeing 777, comme la Chine qui en compte 153», résume l’Agence France-Presse, notamment relayée par Le Huffington Post Québec.

«Une élite autoritaire»

«Complexe par nature, sensible en ce qu’elle se déroule dans une région sous tensions géopolitiques, l’enquête requiert patience, minutie, expertise, plaide la Malaisie qui invoque en outre un devoir de prudence dû aux familles des passagers»: la ligne de défense ne convainc guère, «après les explications embrouillées et la communication désastreuse des premiers jours», qui témoignent de «l’incompétence générale d’une élite autoritaire peu habituée à répondre de ses actes».

Voilà ce qu’assène par exemple Michael Barr, spécialiste de l’Asie à la Flinders University d’Adelaide, en Australie: «Elle est plus habituée à contrôler la presse et à réduire les critiques au silence.» Dans une société certes en forte croissance depuis l’indépendance en 1957, mais «muselée» et «sous la coupe» de l’élite «népotique» et «corrompue» issue du parti Barisan Nasional, au pouvoir depuis près de six décennies!

De l’amateurisme

D’où la question, qui paraît légitime mais peine à trouver une réponse: «La Malaisie est-elle apte à diriger les recherches?», s’interroge le South China Morning Post. Qui «éructe et s’insurge contre l’amateurisme» de Kuala Lumpur, une capitale «évasive» qui a fait perdre un temps précieux en concentrant d’abord les recherches en mer de Chine méridionale, alors que l’avion aurait changé de cap après sa disparition des radars civils. A ce propos, le journal indien The Hindu précise que la Malaisie a «laissé huit navires chinois faire des recherches» dans cette zone où les autorités «savaient depuis plusieurs jours que l’avion ne pouvait pas se trouver».

Quant au quotidien chinois, il estime aussi que «les différents états-majors ont tardé à partager leurs informations pour des raisons de sécurité et par peur de divulguer des secrets militaires». De son côté, la presse malaisienne d’opposition n’est pas en reste, qui réclame des comptes. The Malaysian Insider cite un parlementaire d’opposition qui «souligne l’incurie de l’armée de l’air dans cette affaire, incapable de vérifier l’identité de l’avion qui a traversé la péninsule le matin du 8 mars, quelques heures après la disparition du vol». Et The Malaysia Chronicle sous-entend que le gouvernement du premier ministre, Najib Razak, «utilise cette affaire à des fins de politique intérieure».

Le pilote, un opposant au pouvoir?

Comment? En pointant par exemple ce hasard bizarre: la veille de la disparition de l’avion, le chef de l’opposition, Anwar Ibrahim, était condamné à 5 ans de prison «pour sodomie», explique la BBC. Le parti Pakatan Rakyat qu’il dirige «estime avoir remporté les élections de l’année dernière et a dénoncé l’utilisation de fraudes par la coalition sortante. Quelques jours après le procès, Anwar Ibrahim devait se présenter à des élections partielles.» Quel rapport? Le pilote du MH370 serait un «fanatique de Anwar» et «aurait assisté au procès». Des révélations «très sensibles dans un pays où les coups bas en politique sont fréquents».

Dans «ce petit pays paternaliste», aux yeux de L’Express! Qui «doit faire face à une crise sans précédent à laquelle personne n’est vraiment préparé». Afin de «mieux comprendre ces errements», le New York Times explique que le gouvernement malaisien est «très réticent à prendre des initiatives» et que ses citoyens «ont fini par accepter que leurs dirigeants ne répondent pas aux questions». Bref, c’est «une sorte de consensus mou» qui est «perturbé par cet incident aérien».

Crispations chez les voisins

Pour le Washington Post, enfin, «l’Histoire peut aussi expliquer les crispations des pays voisins de la Malaisie. L’Inde a suspendu ses recherches dimanche, en attendant de savoir où chercher». Et le quotidien américain de rappeler «que six Etats impliqués dans les recherches se sont récemment disputé des îles et des espaces aériens ou maritimes avec la Malaisie».

Quoi qu’il en soit, «ne croyez pas tout ce qu’on vous raconte!» recommande le site Planète Campus. Car «comme toujours et surtout depuis la prolifération des blogs et autres surfaces d’expression, Internet regorge d’informations diverses et variées concernant la disparition du Boeing 777». D’ailleurs, «un site spécialisé dans la vérification des rumeurs» sur le Web, Snopes.com, «a signalé plusieurs fausses informations» et «cas d’intox». Euh… comme une faille spatio-temporelle à la Lost?