Moscou Sanctions contre le premier cercle

Létau va se resserrer sur le premier cercle de Poutine… » Ce diplomate occidental à Moscou avait prévenu : les sanctions frapperont les proches du président. « Une voie sans issue », a certes répliqué, vendredi, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. Lui-même et les deux ou trois autres hommes clefs soupçonnés d’avoir pesé sur le rattachement de la Crimée ne sont certes pas encore visés par les sanctions. Mais d’influents hommes le sont déjà. A commencer par Sergeï Ivanov, le chef de cabinet du président, ciblé par Washington. Autour de Vladimir Poutine, un ex-KGB peut en cacher un autre. C’est le cas de cet ancien agent des services secrets soviétiques, ami de Poutine depuis les années 1970. Considéré comme l’un des chefs de file du camp des « faucons », Ivanov a enchaîné les promotions, dirigeant notamment le ministère de la Défense et le Conseil de Sécurité.

Dans le petit cercle politique visé à la fois par les Etats-Unis et l’Union européenne, figurent deux autres personnalités controversées. L’une est très publique : le vice-Premier ministre Dmitri Rogozine, connu pour ses déclarations chocs. « Toutes ces sanctions ne valent pas un seul grain de sable de la terre de Crimée qui est retournée à la Russie », a-t-il encore réagi sur Twitter. Tribun virulent, Rogozine a gagné sa notoriété internationale lorsque, ambassadeur auprès de l’OTAN entre 2008 et 2012, il a défendu haut et fort ses positions anti-occidentales.

Vladislav Sourkov, lui, est plus discret. Conseiller du président pour le Caucase, il aurait été omniprésent en coulisses ces dernières semaines à Kiev puis en Crimée. Ce grand manipulateur nous a un jour déclaré tout en ironie : « Je ne sais pas si je suis démocrate, en tout cas je suis libre ! » Car Poutine lui a donné carte blanche pour orchestrer la « démocratie souveraine », à la base de l’autoritaire verticale du pouvoir. L’un des relais médiatiques de cet idéologue a aussi été inclus dans la liste européenne : Dmitri Kisseliov, propagandiste phare à la télévision.

Les sanctions américaines ciblent enfin des hommes clefs dans les rouages financiers de Poutine, soupçonné de s’être enrichi en 13 ans de pouvoir. Les hommes d’affaires visés lui auraient servi d’intermédiaires pour gonfler ses comptes personnels. C’est le cas des frères Rotenberg, oligarques accusés d’avoir récupéré, sans appel d’offres, 21 contrats pour plus de 5 milliards d’euros sur le vaste chantier des JO de Sotchi (soit près de 15 % du budget des Jeux). Quant à Guennadi Timshenko, il passe pour l’homme d’affaires de Poutine, en charge de ses investissements et finances privés. Sa fortune se monte, selon Forbes, à quelque 15,3 milliards de dollars.