Tout savoir sur sa facture électrique

En ces temps de campagne électorale, le concept de transparence est sur toutes les lèvres : transparence sur le coût des propositions électorales, sur les activités bancaires, sur les dépenses publiques… Le terme est cuisiné à toutes les sauces. Et le secteur énergétique n’y échappe pas. Prenez pour exemple la dernière sortie de Fernand Grifnée, patron du gestionnaire de réseau Ores, qui martelait : « L’énergie a besoin de transparence ».

Un constat partagé par d’autres acteurs, car en pratique, on s’éloigne de jour en jour de cette transparence. Prenons le cas d’une facture électrique. D’abord, il n’existe pas de facture « type » imposée à votre fournisseur, chacun est donc libre de présenter les choses comme il l’entend (ou presque). Mais qu’on s’appelle EDF Luminus, Electrabel, Lampiris, Eneco, ou autres, la douloureuse est souvent détaillée en 5 postes: le coût de l’énergie, la contribution à l’énergie verte, le coût du réseau de transport, celui du réseau de distribution, et enfin les redevances.

Pour cet exercice, nous nous sommes mis dans la peau d’un ménage bruxellois qui consomme annuellement 3.500 kWh, ce qui lui a coûté 732,89 euros en 2013, toutes taxes comprises, et d’une ménage wallon standard avec une consommation identique, ce qui lui a coûté 817,47 € en 2013, toutes taxes comprises.

Cachez cette taxe que je ne saurais voir

A priori, la transparence est totale : à Bruxelles, la distribution est affichée à 279,43 euros, ce qui donne l’impression que 38,1% de la facture sert à financer le réseau de distribution. Idem pour les coûts du transport, qui représentent 7,1 % du montant total. En Wallonie, la contribution verte est affichée à 61,97 euros, ce qui donne l’impression que 7,6 % de la facture sert au développement du renouvelable. Idem pour les coûts du transport, qui représentent 14,6 % du montant total.

Mais en creusant, il apparaît vite que ces apparences sont trompeuses, et que la facture est moins transparente qu’il n’y paraît. Dans les coûts de réseau, on retrouve en effet une série d’obligations de service public (OSP), sorte de cotisations imposées par l’État, qui permettent par exemple de développer l’éolien offshore, de protéger les personnes en situation précaire, de financer l’éclairage public,…

En cumulant le coût de ces différentes obligations de service public, on se rend compte que 17 % de la facture électrique bruxelloise est en réalité liée à des charges dictées par le fédéral ou la Région, hors TVA. Or la facture laisse penser que ces redevances ne correspondent qu’à 5,9 %… Du côté wallon, on se rend compte que 25,6 % de la facture est en réalité liée à des charges dictées par le fédéral ou la Région, hors TVA. Or, là aussi, la facture laisse penser que ces redevances ne correspondent qu’à 2,9 %…

En ajoutant les 21 % de TVA, on peut même affirmer que 31,4 % de la facture électrique bruxelloise correspond à des taxes, redevances ou cotisations publiques – appelez-les comme vous le voulez, contre 38,6 % de la facture électrique wallonne. Autrement dit, plus de 30 % du montant payé par les ménages dans la capitale est dû aux choix posés par nos politiciens, contre 40% en Wallonie. Sans poser de jugement de valeur sur ces choix, disons simplement que le politique a lui aussi une certaine marge de manœuvre sur la facture des ménages. En baissant la TVA à 6 % dès le 1er avril, il ramènera l’impact du pouvoir public à moins de 22 % de cette facture à Bruxelles et à moins de 30% en Wallonie.

Un chiffre qui n’apparaîtra pourtant nulle part sur le document. Bref, pour la transparence, on repassera.

La facture électrique en Wallonie

Les détails de la facture sont disponibles en éditions abonnés.

La facture électrique à Bruxelles