La «leçon» de Barack Obama aux jeunes d’Europe… et d’Ukraine

L’énumération s’est arrêtée à Kiev, mais il aurait tout aussi bien pu ajouter… Moscou : « Les idéaux qui nous unissent importent tout autant aux jeunes de Boston, Bruxelles, Jakarta, Nairobi, Cracovie ou Kiev ». Dans un discours d’une bonne demi-heure livré mercredi dans un Palais des Beaux-Arts bondé, Barack Obama a relié les valeurs historiques qui unissent les deux rives de l’Atlantique, sans oublier les « sacrifices inimaginables consentis par les Russes pendant la Seconde guerre mondiale », à l’actuelle crise majeure qui se trame sur le Vieux continent, en Ukraine.

Le président des Etats-Unis a voulu à ces « jeunes » (et moins jeunes…) que « nous ne devons jamais oublier que nous sommes les héritiers d’un combat pour la liberté ». Et appuyer la charge lancée contre la Russie d’aujourd’hui, menée par son président Vladimir Poutine, dans une voie sans issue : une « violation du droit international (avec l’)assaut contre l’intégrité territoriale et la souveraineté de l’Ukraine » – l’annexion de la Crimée ukrainienne par la force. La Russie doit être condamnée, a dit Obama, « pas parce que nous essayons de rabaisser la Russie, mais parce qu’il faut se mobiliser pour les principes qui ont tant compté pour l’Europe et le monde ». Les Ukrainiens de Maidan « ont rejeté un gouvernement qui volait la population plutôt que de la servir, et se sont mobilisés pour les mêmes idéaux qui nous permettent d’être ici aujourd’hui. (…) Ces idéaux sont universels ».

La crise avec la Russie a guidé tout le discours du président des Etats-Unis à Bruxelles. Cette tension a également dominé le sommet entre l’Union européenne et les Etats-Unis, à la mi-journée, comme le tête-à-tête tenu ensuite avec le secrétaire général de l’Otan Anders Fogh Rasmussen.

« La situation en Ukraine, a encore dit Obama à Bozar, n’a pas de réponse facile ni de solution militaire ». Pour autant, la posture de l’Alliance atlantique est clairement appelée à se renforcer. En Ukraine même et dans les pays voisins de la Russie membres de l’Alliance – pays baltes ou Pologne surtout.

Le président américain, de concert avec le nº1 de l’Otan, martèlent que la défense collective des Alliés reste l’obligation suprême de tous les membres de l’organisation. Alors que la Russie continue à masser des troupes à ses frontières, « beaucoup » d’alliés européens devraient cesser de réduire leurs dépenses militaires, a plaidé Obama. « C’est compréhensible, vu les crises budgétaires. Mais il nous faut avoir une Alliance et une force de dissuasion crédibles », a-t-il dit. La réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Otan, début de la semaine prochaine au siège de l’Alliance à Bruxelles, passera en revue les actuels plans de défense, renforcera le programme d’exercices et étudiera les « déploiements appropriés », a indiqué Rasmussen.

L’Ukraine n’a pas vocation à devenir membre de l’Otan dans un avenir proche, mais « nous intensifierons notre coopération militaire » avec ce pays, « y compris en les aidant à moderniser leurs forces armées », a ajouté le secrétaire général. Le prochain sommet de l’Otan, en septembre, « réévaluera la viabilité de notre relation avec la Russie » – déjà réduite à peu… mais l’Otan compte toujours sur l’appui russe pour mener à bien son retrait définitif d’Afghanistan programmé pour la fin de l’année.

La crise ukrainienne constitue un « moment test pour l’Europe et les Etats-Unis », a encore souligné le président américain dans son discours. « Nous nous réunissons à un moment extrêmement important – certainement pour la paix et la sécurité sur le continent européen », avait aussi affirmé le président du Conseil européen Herman Van Rompuy, lors de la conférence de presse donnée à l’issue du rapide sommet UE-US – 80 minutes dans l’agenda serré de Barack Obama. « Nous sommes unis pour isoler la Russie », a lancé le président américain, toujours disposé à privilégier la diplomatie mais, comme l’Europe, déterminé à imposer d’autres « coûts » à Moscou en cas de nouvelle escalade.

« Nous avons une position forte et coordonnée » sur cette crise, a assuré Van Rompuy – non sans oublier de relayer les « préoccupations » des Européens après les révélations sur les écoutes américaines. Les deux rives de l’Atlantique sont aussi convenues de donner un nouvel élan aux négociations, délicates, d’un vaste accord de libre-échange euro-américain. Cet accord pourrait faciliter les exportations de gaz américain vers les marchés mondiaux et, partant, vers l’Europe, pour réduire la grande dépendance de l’UE au gaz… russe. Le sujet sera au cœur d’un « dialogue » sur l’énergie prévu la semaine prochaine entre les chefs de la diplomatie US Kerry et européenne Ashton.

La rencontre de Bruxelles, ce mercredi, était le premier sommet entre les deux rives de l’Atlantique depuis le 28 novembre 2011, à Washington. Et le premier sommet organisé à Bruxelles, au siège du Conseil européen et de la Commission, en présence de Barack Obama. Mais si le 44e président des Etats-Unis a mis cinq ans à prendre le chemin de Bruxelles, il sera bientôt de retour ! Dans dix semaines, l’UE organisera un G7 – les Sept ont décidé de boycotter le G8 prévu de longue date les 4 et 5 juin à Sotchi, en Russie, sous la présidence de Vladimir Poutine. L’Union européenne, membre effectif de ce groupe des « maîtres du monde », a pris le relais et organisera la rencontre à Bruxelles. Le Juste Lipse, le très massif bâtiment officiel du Conseil européen, pourra alors connaître à nouveau le déploiement de sécurité démentiel observé hier – des mesures bien moins cool que pour le récent sommet avec… Vladimir Poutine.