Les différentes vies d’une maison de maître

L’appellation « maison de maître » apparaît dans de nombreuses annonces immobilières, mais pourtant rien ne définit clairement et strictement ce type d’habitation : ni un style architectural, ni une époque précise. « L’appellation “maison de maître” a un côté émotionnel, mais c’est aussi un peu comme un label de qualité, explique Jean Corman, administrateur délégué de Victoire Properties. L’utilisation du terme s’évalue généralement en fonction de la largeur et de la richesse de la façade, et du style intérieur. Les maisons de maîtres ont souvent des hauts plafonds, un escalier magistral... »

Ces habitations ont aussi en commun leur aspect ancien – elles datent souvent de l’entre-deux-guerres – et citadin. « Elles ont également plus de standing qu’une maison de ville classique, ajoute Pascale Dumont de Chassart, co-administratice chez De Maurissens Properties. Mais elles ne possèdent pas la porte cochère qui caractérise l’hôtel de maître. L’appellation “maison de maître” reste donc très subjective, et parfois tronquée. »

Même s’il faut un certain coup d’œil pour les repérer, les maisons de maîtres ne manquent pas dans les villes belges. À Bruxelles, on en retrouve même dans des quartiers désormais peu prisés, mais qui furent autrefois bourgeois.

Malgré ces situations parfois désavantageuses, les maisons de maître conservent un coût élevé. « Les prix débutent entre 500.000 et 800.000 euros pour les biens les moins bien situés et à rénover, tandis que les tarifs peuvent aller jusqu’à plusieurs millions d’euros pour les maisons les plus grandes et en meilleur état, confie Pascale Dumont de Chassart. Les maisons de maître ont quand même perdu jusqu’à 30 % de valeur entre 2007 et 2011, à cause de la crise. »

Un intérieur qui évolue

Aujourd’hui, les tarifs semblent revenus à une évolution normale et les maisons de maître retrouvent un certain intérêt auprès du public, alors qu’elles étaient un peu délaissées dans les années 1980. « Ce sont des maisons qui ont connu plusieurs vies, raconte Jean Corman. D’abord unifamiliales, elles ont ensuite servi pour des bureaux car leur intérieur n’était plus pratique et adéquat. Heureusement, les techniques modernes ont permis de réaménager ces intérieurs de façon résidentielle. »

Les cuisines autrefois gérées par du personnel ont été remontées des caves au rez-de-chaussée, les grandes cages d’escalier ont permis l’aménagement d’ascenseurs, le problème énergétique s’amoindrit grâce aux nouvelles technologies vertes... Résultat : les acheteurs des maisons de maître se sont diversifiés. « Beaucoup de familles préfèrent désormais ce type de bien aux villas des années 1960-1970 qu’on retrouve hors de la ville, poursuit Jean Corman. Les Français sont également séduits car les maisons de maître leur rappellent un peu Paris. Dans certains quartiers comme le Châtelain, ils ont d’ailleurs relancé l’utilisation résidentielle de ces habitations. Si les Belges ne craignent pas les biens à rénover, les Français et autres expatriés se tournent quant à eux vers des maisons de maître complètement en ordre. »

Bien évidemment, la taille et l’agencement des maisons de maître intéresse également les investisseurs. De plus en plus de ces biens – surtout les plus spacieux – sont scindés en appartements. Cette affectation est-elle l’avenir des maisons de maître ? « Il y a bien un risque qu’à long terme, ces biens soient majoritairement divisés plutôt que d’être utilisés comme habitations unifamiliales. », explique Pascale Dumont de Chassart.

L’intérieur de ces maisons de maître pourrait donc une fois de plus changer de fonction, mais il est un élément survit toujours aux décennies : leur façade si typique.