Non, les chômeurs ne sont pas inactifs

Pour les chercheurs, les chiffres qui circulent pour appuyer ces affirmations sont souvent erronés et réducteurs. Les chercheurs de l’Ires estiment qu’un demandeur d’emploi sur cent fait des efforts insuffisants pour trouver du travail, et non pas la moitié. Ils démontrent également que, loin d’augmenter, les exclusions de chômeurs sont en stagnation depuis 2008.

Premier cliché

« Un chômeur sur deux ne cherche pas d’emploi »

L’affaire a fait grand bruit dans les médias il y a quinze jours. Un demandeur d’emploi sur deux se croiserait les bras et ne chercherait pas de travail. Des chiffres venus tout droit de… l’Onem, que l’UCL démonte aujourd’hui de manière cinglante : « Nous pouvons affirmer qu’en 2013, un chômeur indemnisé sur cent voyait ses efforts de recherche jugés insuffisants par l’Onem », écrivent Muriel Dejemeppe et Bruno Van der Linden, les deux économistes de l’UCL.

L’Université dénonce en fait ce qui ressemble très fort à une imposture intellectuelle. Les chiffres dénoncés ne prennent en fait en compte que les personnes qui ont reçu un avertissement de l’Onem et ont subi un contrôle. Mais il s’agit d’une infime minorité des demandeurs d’emploi. « Entre 2008 et 2012, un peu moins de 2,5 % des chômeurs indemnisés en Belgique ont reçu une lettre d’avertissement de l’Onem au cours d’un mois donné (soit mensuellement environ 11.000 chômeurs avertis pour 445.000 chômeurs complets indemnisés). »

Deuxième cliché

« Il y a de plus en plus de sanctions contre les chômeurs »

L’affaire a défrayé la chronique au début de l’année. Le nombre de sanctions à l’encontre des chômeurs serait en augmentation. L’Université catholique de Louvain s’inscrit en faux contre cette affirmation.

« Aucun élément ne permet d’affirmer qu’il y a de plus en plus de sanctions dans le cadre de la procédure de suivi de l’Onem. Depuis 2008, le nombre annuel d’exclusions pour motif de recherche d’emploi insuffisante est stabilisé sous les 3.000 unités annuelles  », dit le rapport.

En revanche, les chercheurs donnent du crédit à des chiffres dévoilés par la CSC, qui affirme que 14 % des demandeurs d’emploi contrôlés par l’Onem finissent par être sanctionnés. Ce chiffre est même sous-évalué. « On arrive à 16 % des chômeurs indemnisés et contrôlés par l’Onem qui subissent une sanction (temporaire ou non) faute d’avoir pu démontrer des efforts de recherche d’emploi suffisants. »

Troisième cliché

« Les évaluations négatives pleuvent »

Plusieurs médias affirmaient récemment, sur base de données de l’Onem, que les évaluations négatives des chômeurs « pleuvaient », chiffres à l’appui : lors du premier entretien, un demandeur d’emploi sur deux serait recalé.

Pour les chercheurs de l’UCL, c’est une vision tronquée de la réalité. « Si l’on rapporte le nombre de chômeurs qui ont une évaluation négative au premier entretien au nombre de chômeurs qui ont un jour été avertis de leur entrée dans la procédure de suivi de l’Onem, seul un chômeur averti sur quatre (24 %) voit ses efforts de recherche finalement jugés insuffisants lors d’un premier entretien, sept sur cent lors d’un deuxième entretien, et 1,5 % lors du troisième entretien. »

Pour l’UCL, cette situation s’explique par l’étalement de la procédure de contrôle sur de nombreux mois, durant lesquels nombre de chômeurs quittent le chômage pour un emploi ou une formation. « Ceci explique que les sanctions ne “pleuvent” pas parmi les chômeurs avertis. »