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PS et N-VA: l’impossible dialogue

Paul Magnette et Bart De Wever ont débattu pour la première fois jeudi soir. Deux heures de confrontation, deux modèles de société, deux visions du pays.

Cheffe Bruxelles Temps de lecture: 4 min

Paul Magnette a eu les honneurs du grand retour de Bart De Wever à l’avant-plan de la scène politique. Organisé par l’Echo et le Tijd, le premier débat entre les présidents du PS et de la N-VA a drainé quelques centaines de personnes, à Tour et Taxis. Visiblement stressés et extrêmement concentrés, les deux hommes ont démontré, durant près de deux heures… que l’après-25 mai s’annonce pour le moins difficile. Du moins si les sondages disent la vérité lorsqu’ils pointent en tête les nationalistes au Nord, les socialistes au Sud.

Les deux adversaires s’étaient archipréparés pour cette rencontre au sommet. Bart De Wever avoue avoir passé deux jours à potasser… le programme du PS : « J’ai dû lire près de 500 pages ! Et ça m’a rendu triste. » « Le vôtre m’a fait sourire, riposte Paul Magnette. Cinquante petites pages, et il y a beaucoup de photos. » Le président faisant fonction du PS –  « oui, Elio Di Rupo est très content que je fasse ce débat, il m’a appelé pour m’encourager » – s’est fait coacher, de longues heures durant. Surtout, tous deux ont fourbi leurs armes : les chiffres qui vont déstabiliser le camp d’en face, du nombre de Wallons et de Flamands ayant un dossier médical au coût-horaire d’un travailleur selon les pays. Au final, durant la première partie de la soirée, consacrée aux thèmes socio-économiques (lire ci-contre), chacun a défendu son modèle. Aux antipodes l’un de l’autre. La N-VA veut limiter les allocations de chômage dans le temps, geler les dépenses publiques, revoir l’indexation – imbuvable boulevard de l’Empereur. Le PS veut taxer le capital, donner un contrat aux jeunes chômeurs au bout de dix-huit mois, maintenir une norme de croissance des soins de santé, autant d’horreurs, vu de l’hôtel de ville d’Anvers… Près d’une heure trente pour un impossible dialogue. Les projets de société que défendent ces deux grands partis semblent plus que jamais irréconciliables. Leur vision du pays l’est tout autant : tout, dans le raisonnement de la N-VA, est communautaire, chaque indicateur éloigne davantage encore, pour Bart De Wever, les Wallons des Flamands. « C’est toujours la Flandre contre la Wallonie et Bruxelles, tonne, au bout d’une heure d’échanges clivants, Paul Magnette. Votre bon vieux fond nationaliste se réveille. »

Le ton monte, il ne descendra plus : la soirée se clôt sur l’après-25 mai. Ces deux-là s’assoiront-ils à la même table ? Ils feront tout pour l’éviter ! Bart De Wever le dit nettement : « De préférence sans le PS. » Le patron du PS reste fidèle à sa ligne : pas d’exclusive. Mais il ne masque pas ses sentiments : « La N-VA a-t-elle changé ? Est-ce toujours ce groupuscule nationaliste qui a grandi, mais reste incapable de faire des compromis ? Ou est-ce un grand parti, avec un centre d’études, capable de nouer des accords par-delà sa communauté ? J’ai le plus grand doute. » Un point commun, quand même : N-VA et PS veulent aller vite pour ne surtout pas revivre la crise, Bart De Wever pense même, si son parti remporte les élections, pouvoir former le gouvernement flamand « en une petite semaine ». Se trouveront-ils des partenaires ? « Avant le 25 mai, personne n’osera le dire publiquement. Et, côté francophone, nous sommes diabolisés pour l’instant », lance Bart De Wever. Qui, finement, rappelle que « des majorités alternatives existent, elles viennent notamment de voter le principe de sanctionner les grévistes ». Mais de là à trouver une majorité pour le confédéralisme ? « Jamais nous ne négocierons ça, en aucun cas, il n’y aura pas de discussion là-dessus  !, s’engage Paul Magnette. Nous ne voulons pas démanteler l’Etat ni la Sécu. » Bart De Wever serait-il alors prêt à renoncer à son projet confédéral pourvu qu’il obtienne un gouvernement socio-économique de droite ? « Oui ! Nous voulons prendre le pouvoir, pour commencer à exécuter notre programme. Et, un jour, nous aurons le confédéralisme. Notre programme sera exécuté, même si ça prendra peut-être dix ans. »

Que retenir de ce débat ? « Moi j’ai une impression d’inquiétude, confesse Paul Magnette. J’ai fait de nombreux débats avec des libéraux, des écologistes, il y a toujours moyen de créer un vrai dialogue, qui est le début d’un compromis. Or, ici, j’ai entendu un défilé de certitudes inoxydables, imperméables aux critiques et au dialogue. » « J’ai déjà fait des compromis pour former deux gouvernements flamands, je suis optimiste », conclut Bart De Wever.

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