Bruxelles, euro-capitale? «Beaucoup d’eurocrates ne veulent pas s’intégrer»

Tous les députés européens siégeront-ils un jour uniquement à Bruxelles ? C’est en tout cas la volonté d’Isabelle Durant, parlementaire Ecolo et vice-présidente du parlement européen. Même si ce débat est une antienne régulièrement remise sur la table, une étape supplémentaire a été franchie mardi avec la réunion d’une « task force » pour réfléchir aux conditions de cet hypothétique déménagement. Les objectifs de cette démarche : réaliser des économies de transports estimées à 180 millions d’euros, faire baisser le mauvais bilan carbone des députés, et renforcer un peu plus l’image de Bruxelles comme capitale européenne.

Pour Francine Meunier, libraire, ces économies seraient les bienvenues en période de crise. Elle ajoute également que les multiples aller-retours Bruxelles-Strasbourg font perdre du temps inutilement aux parlementaires qui pourrait le passer à davantage travailler.

Si l’on considère l’ensemble des députés, des salariés et des lobbyistes qui fréquentent ou gravitent autour des institutions européennes, ce sont des dizaines de milliers de personnes qui font vivre les commerces du quartier européen de Bruxelles. Alexandre Cardoso, restaurateur non loin de la place du Luxembourg, estime que le rapatriement de l’ensemble des parlementaires européens serait un bienfait pour ses affaires. « 70 % de ma clientèle est composée de députés. Lorsqu’ils partent à Strasbourg, mon chiffre d’affaires baisse inévitablement, explique-t-il. S’ils pouvaient s’installer sur Bruxelles, ce serait forcément un plus pour mon restaurant. »

Un habitant voulant conserver l’anonymat nuance : « Les eurocrates profitent à certains commerces, pas à tous ! »

Francine, la libraire, habite également depuis 25 ans dans le quartier. Et pour elle, les relations entre les Bruxellois et les députés européens sont pour ainsi dire inexistantes. La raison ? La barrière de la langue, ou pour être exacte, des langues. « La plupart des députés ou des salariés européens ne parlent pas le Français. Cela ne les intéresse pas. C’est un frein pour créer des liens » déclare Francine.

Autre reproche entendu fréquemment à l’encontre des parlementaires européens : leur présence provoque une augmentation des prix de l’immobilier. Une réalité d’ailleurs confirmée au cours des débats lors de la réunion de travail organisée par Isabelle Durant. Depuis son restaurant de la rue Caroly, Alexandre observe concrètement les conséquences de l’augmentation des loyers :

Croisées au square de Meeus à la pause déjeuner, Siska et Eva, toutes les deux étudiantes du secondaire, ajoutent : « Les loyers augmentent mais ce sont les seuls Bruxellois qui en subissent les conséquences car les parlementaires n’habitent pour la plupart pas Bruxelles. C’est vrai que c’est un problème. En revanche, leur présence apporte du prestige à la ville. Cela aussi, il ne faut pas l’oublier.  »