Deux semaines pour sauver l’ABC!

C’est une époque qui s’achève. Longtemps, depuis le tout début des années 70, les cinémas érotiques ou pornos affichaient sur les grands boulevards de Bruxelles leurs affiches coquines ou tapageuses. De plantureuses paires de fesses et des poitrines opulentes tentaient tel un diable en jarretelles d’ébranler la sérénité du chaland qui passait. De temps en temps, un indigène pénétrait dans l’antre du démon, regagnant peu après ses pénates, le cœur en émoi, voire le pantalon froissé.

Fini, tout ça ! Depuis juillet 2013, le cinéma ABC, ringardisé par la culture web du X, a fermé ses volets roses. On le pleurerait presque.

Il reste bien quelques Kleenex (usagés ?) à l’ABC. Mais plutôt que de s’abandonner à une nostalgie subite (en un mot), des membres du cinéma Nova, de l’ASBL Offscreen et de la Rétine de plateau ont décidé ce mercredi d’unir leur passion cinéphilique, de fonder CinéAct et de tenter de sauver, dans une véritable course contre la montre, ce joyau architectural du cinéma d’antan. En ramenant au passage l’historien du cinéma bruxellois à cette réalité bien lointaine : jadis, le boulevard reliant les gares du nord et du midi était l’Hollywood Boulevard du centre-ville. Avec des salles éparpillées aux quatre coins de l’axe.

La salle de l’ABC ne manque pas d’atouts ni de potentiel, et pourrait bien devenir, si le sauvetage se concrétise, un petit bijou du paysage cinéphilique de demain. Katia Rossini, cofondatrice du cinéma Nova, y verrait bien une maison de l’image, loin du cinéma commercial et de l’industrie porno. On lui parle de crise de fréquentation des salles, elle rappelle utilement qu’au Nova, les chiffres sont constamment en hausse. « Une programmation doit être repensée, en fonction du contexte politique, économique, culturel. »

CinéAct se donne deux semaines pour sauver l’ABC. Pour y arriver, il faut 60.000 euros, et 1.000 donateurs investissant 5 euros par mois durant un an. « On passe chez le notaire vendredi matin, explique Eric Vauthier, de la Rétine de plateau. Si on n’y arrive pas, le combat sera vraisemblablement perdu. Contribuer à son sauvetage relève de l’acte citoyen. »

Le rêve de CinéAct bénéficie déjà d’un grand élan de sympathie. Et les initiateurs s’emballent à l’idée de participer au renouveau d’un quartier artistiquement en plein boom, non loin du KVS, du théâtre Luna et du Théâtre National. « Des échanges sont possibles », explique Katia. Le compte à rebours a commencé. Il reste 13 jours pour trouver les fonds.