Entre rituels et méditation, ces Belges qui s’éveillent…

Dans un magazine de déco, on trouverait ça surchargé. Du jaune, du rouge, des lignes vertes, des frises bleues, relevées de quelques dorures, se succèdent en épousant les formes des murs, des moulures et des caissons jusqu’au plafond. Un imposant Bouddha doré trône au centre d’une petite niche en bois aux sculptures ultra-travaillées. Autour de lui, ses petites reproductions emplissent les dizaines de vitrines qui occupent le mur entier. Le décor du lieu ne déçoit pas les projections que l’on s’en fait : nous sommes au centre d’études tibétaines de Bruxelles.

S’il compte quelque 100.000 adeptes et sympathisants en Belgique, le bouddhisme, derrière une perception généralement assez positive, demeure en somme plutôt méconnu. Est-ce une religion ? Un art de vivre ? Une philosophie ? « Comme il n’y a pas de Dieu créateur, nous estimons que ce n’est pas une religion, mais une spiritualité », explique Carlo Luyckx, le président de l’Union bouddhique belge (UBB). Pas de Dieu créateur donc, pas de juge suprême non plus. Si le bouddhisme porte une image d’ouverture et de pacifisme, c’est sans doute aussi par son absence de prosélytisme et de dogmes. D’accord, l’alcool et les psychotropes ne sont pas vraiment « conseillés », « mais chacun reste libre », soutient Carlo Luyckx. Et le bouddhisme prescrit seulement une sexualité qui ne soit « pas nuisible aux autres » : comprenez qu’il condamne évidemment le viol, la pédophilie, mais n’a rien à reprocher aux homosexuels par exemple. Pour résumer, Carlo Luyckx cite une phrase du Bouddha : « Ne croyez rien de ce que je dis, mais réfléchissez-y. »

Précisément quels sont les préceptes de cette spiritualité ? Voici, pour les novices, la b.a-ba du Bouddha : la première étape du Bouddha a été la prise en compte de l’existence de la souffrance. Or, celle-ci serait basée sur notre conception égocentrique de l’existence. Tout le processus du bouddhiste consiste à transformer les « émotions perturbatrices » en sagesse, via la méditation. Et en pratique ?

Devant la porte, un amas de chaussures. Lorsqu’on pénètre dans le temple, le spectacle est d’abord surprenant. Une dizaine de bouddhistes assis en tailleur récite des mantras en langue sanskrite suivant un certain rythme. Quelques jeunes femmes se prosternent. À certains moments, le son d’un gong retentit lourdement par les haut-parleurs et chacun sonne une petite cloche. Un jeune homme verse un peu d’eau safranée dans les mains des disciples, « la main droite au-dessus de la main gauche, nous précise-t-on, c’est pour la bénédiction… Vous pouvez la boire. »

En réalité, une retraite est en cours et ces bouddhistes sont des initiés. Ils passent trois jours à méditer selon un rituel particulier, comprenant une journée de jeûne et de silence. On trouve parmi eux, entre autres, un anthropologue, un artisan, une infirmière, un conseiller dans l’éducation. Toutes les générations se côtoient. Un profond désir de recherche spirituelle les a tous amenés un jour au bouddhisme. Plusieurs ont dû se défaire d’une autre religion. Pour Nathalie, la soixantaine, « la religion chrétienne, orthodoxe pour ma part, nous confronte sans cesse à des dogmes : nous n’avons pas le droit de poser certaines questions, presque pas le droit de penser. » Dans le bouddhisme, elle a (re)trouvé un certain élan spirituel et, surtout, « des outils pour transformer le mental, afin par exemple de maîtriser la colère ». Aujourd’hui, Nathalie médite une heure le matin, avant de partir travailler et, parfois une heure le soir. Mais elle a aussi développé d’autres stratégies pour méditer la journée : « je pratique énormément dans les transports en commun. Mais je ne prends pas la pause ! Simplement, je fais le vide dans mon esprit pour ne me concentrer que sur les gens autour de moi. C’est très contemplatif. Je les regarde avec de la compassion et je leur souhaite le meilleur. »

En début de soirée, le temple accueille chaque jour ceux qui le désirent pour une séance de méditation silencieuse. L’occasion de rencontrer un public plus hétéroclite. Vincent, par exemple, est indépendant. Après un burn-out, il explore différents types de méditation afin de se vider l’esprit. Comme d’autres personnes présentes ce soir-là, il ne se considère pas comme bouddhiste, mais cherche simplement un lieu pour méditer. Deux fois une demi-heure de silence, avant que le « maître de cérémonie » ne frappe sur un petit disque de métal. Sauvé par le gong.