Vervoort: «Qui s’imagine ministre de De Wolf?»

Rudi Vervoort emmène la liste socialiste pour la Région bruxelloise. Rencontre dans un contexte « chaud » entre le PS et le MR.

Reynders a-t-il rendu le MR encore plus infréquentable ?

Non, je pense que cela donne surtout une mauvaise image du débat politique. Il n’y a pas d’exclusive. Ce sont des faits de campagne dont on aurait pu se passer. J’ai déjà lu tout et son contraire sur les éventuelles conséquences de cette phrase. Il y a un aspect transgressif : il y a des sujets qu’on n’instrumentalise pas, comme les enfants.

Et sur le fond ?

Nous privilégions une alliance qui soit la plus convergente possible sur le développement de Bruxelles et qui s’inscrive dans le modèle de concertation avec les patrons et les syndicats. Ce n’est pas le modèle du MR sur le plan fiscal, par exemple, où on fait une addition et une diminution de taxes qui mangent complètement le refinancement de Bruxelles.

On entend pourtant qu’il y aurait un accord PS-MR ?

Je ne suis pas au courant.

Est-ce que les critiques ou les oppositions concernent aussi la vision de la ville ?

Le MR a toujours une vision clivée de la ville. Il ne faut pas nier les disparités entre les quartiers, mais, là où il faut investir dans la formation ou la rénovation, c’est dans les quartiers difficiles. Nous tablons sur la solidarité parce que les quartiers ne peuvent évoluer de manière hétéroclite. La vision du MR, c’est de croire que les cadeaux fiscaux vont relancer la machine. Je vous livre la liste qui figure dans leur programme : suppression de la taxe d’agglomération : (31.645.000 euros), suppression de la taxe régionale sur les entreprises bruxelloises (78.943.000 euros), suppression de la taxe régionale sur les ménages (38.687.000 euros), réduction des droits de succession pour tous et la réduction des droits des donations immobilières (70.000.000 euros), abattement des droits de succession pour les logements confiés aux AIS (10.000.000 euros), suppression des droits d’hypothèque sur l’achat du 1er logement (11.000.000 euros) et réduction des droits d’enregistrement en permettant la revente dans les 5 ans (7.000.000 euros).

La situation de Bruxelles est héritée d’une majorité PS pas de l’incurie du MR.

Le constat qu’on fait c’est que contrairement à ce que dit le MR, Bruxelles ne connaît pas de crise. Bruxelles a continué à créer de l’emploi malgré la crise, le solde des entreprises qui partent et qui arrivent reste positif. Bruxelles est en plein-emploi. Le problème, c’est que les Bruxellois sont en grande partie exclus de cette relative bonne conjoncture économique. Il y a des défis qu’il ne faut pas nier et qui sont notamment liés à notre statut de capitale. Cela pose évidemment la question de la qualité de l’enseignement. Quand on discute avec les patrons, ils nous disent que c’est un problème de qualification. Il faut accompagner les étudiants dans la formation, avec les partenaires sociaux, mais, contrairement au MR, nous estimons que ce ne sont pas les patrons qui doivent avoir la main sur les formations, au risque de devenir captif des diktats du privé.

L’idée c’est de continuer sans les libéraux, avec la même équipe.

Non, l’idée c’est continuer sur les mêmes projets.

Donc si le PS a la main et que c’est mathématiquement possible sans le MR, il n’invite pas le MR à la table ?

Bien sûr.

Sur cette base-là, l’Olivier pourrait donc être la coalition privilégiée ?

Évidemment ! Je n’ai pas le sentiment d’un Olivier à bout de souffle. Mais je ne vais pas exclure le FDF, s’il fait un bon score. Il y aura peut-être des surprises le soir des élections. Ce qui parasite la réflexion, c’est de voir quel sera le score du PTB. En termes d’intentions de vote, à Bruxelles, c’est Ecolo qui souffre de ça. Ils en sont d’ailleurs conscients. Le PTB nuit, à Bruxelles, proportionnellement davantage à Ecolo qu’au PS. C’est une question de sociologie, la situation est différente par rapport à la Wallonie. Les Verts en sont conscients : certains ont le moral dans les chaussettes.

Si un parti subit une défaite, il ne sera pas invité ?

Ce qu’il faut, c’est pouvoir faire une majorité avec maximum trois formations, sinon c’est ingérable.

Le PTB mange-t-il l’électorat du PS ?

A Bruxelles, je ne pense pas. C’est un phénomène plus wallon que bruxellois. A Bruxelles, il n’y a plus beaucoup d’ouvriers. Chez nous, ils récupèrent les anti-systèmes, l’extrême gauche et quelques bobos Ecolo.

Ne craignez-vous pas une montée de la N-VA à Bruxelles qui pourrait bloquer l’institution ?

Je n’y crois pas. On doit aussi arrêter de dire aux Flamands pour qui ils doivent voter.

Les sondages ne sont pas très bons pour le PS, à Bruxelles non plus.

Comme chaque fois.

Qu’est-ce que cela vous fait de voir que vous n’êtes pas le plus populaire des candidats ministres-présidents ?

Je n’ai pas de problème d’ego particulier. Je ne suis là que depuis un an. C’est peu à l’échelle de la notoriété politique.

Charles Picqué à la troisième place sur la liste, ce n’est pas un cadeau empoisonné ?

Non. Ce qui compte, c’est d’avoir le plus de sièges. On doit être premier. Je pense – et c’est normal – que Charles Picqué est toujours ministre-président. Je n’ai pas de problème si je fais moins de voix que lui.

Et si Joëlle Milquet fait plus de voix que vous ?

Ce sera de toute façon dans un parti qui fera moins de sièges. Comme pour Gosuin au FDF. Les voix de préférence ne sont pas déterminantes.

Pourriez-vous être le ministre d’un gouvernement dont Vincent De Wolf serait le ministre-président ?

Mais qui s’imagine être le ministre de Vincent De Wolf ?

« On va pouvoir gérer la politique des baux »

La question de l’exode des classes moyennes divise aussi PS et MR ?

La question de l’exode des classes moyennes est surtout liée au coût de l’immobilier. Le boom démographique l’a encore aggravé. On devrait construire chaque année 7.000 logements et on n’y arrive pas. Ce qui a permis de développer tout cela, c’est le stade. En le mettant au parking C, on libère tout : le plateau du Heysel, mais aussi et surtout Schaerbeek-Formation, Mabru où on pourra faire du logement.

L’autre point qui pose toujours problème, c’est la mobilité.

C’est le contraire. Il faut distinguer la mobilité intrabruxelloise de la mobilité générale. En 10 ans, la part consacrée au transport public a augmenté de 100 % et les modes de transport autres que la voiture ont nettement augmenté.

La prochaine législature est majeure : il y a plein de choses à faire, des nouveaux quartiers à créer. Ce n’est pourtant pas ça qu’on dit aux Bruxellois ?

Exact. Et à cet égard, les nouvelles compétences sont fondamentales. Exemple : on pourra gérer la politique des baux. Il faut que l’on continue à soutenir le marché, que le privé continue à investir. Par contre, on va enfin pouvoir encadrer les loyers. Et on va avoir des outils fiscaux, comme le précompte. Aujourd’hui, il est très injuste à Bruxelles : à Watermael, on paie des précomptes très bas, et à Saint-Josse, certains sont très hauts. Cela ne va pas.

La Région fête ses 25 ans.

Un moment charnière.

Ne faut-il pas remettre à plat une série de politiques ?

Nous sommes prisonniers de la manière dont on a structuré les compétences, via les lois spéciales. Dans le choix des compétences, on arrive toujours à ce que les travaux publics soient gérés par un néerlandophone, etc. Je crains que ça ne change pas, mais je pense que ce que l’on a fait avec Actiris, le VDAB et Bruxelles-Formation n’est pas anodin. Pour la première fois, on a décidé de mettre ensemble un organisme régional et deux communautaires, un flamand et un francophone. C’était impensable il y a dix ans. Les nouvelles compétences auront aussi un impact sur la future gestion de Bruxelles.