Les têtes de liste bruxelloises ont (presque) toutes envie d’être ministre-président

Cela ressemblait à un pari un peu fou… Réunir, le jour de la fête de l’iris, les têtes de liste des principales formations politiques à Bruxelles. Les treize invitations ont été lancées lundi, elles ont toutes reçu une réponse positive et enthousiaste – seul Guy Vanhengel n’est finalement pas venu, retenu par une réunion qui s’est prolongée.

Que retenir de ce marathon politique?

1 Le survol échauffe les esprits. Joëlle Milquet arrive sur le coup de dix heures à la rédaction. Le plan Wathelet a déjà du plomb dans l’aile mais il n’est pas encore suspendu par l’action en conflit d’intérêts du gouvernement flamand. La vice-Première est passablement remontée contre Belgocontrol, mais aussi contre ses partenaires francophones du gouvernement fédéral.

Elle ne se prive pas de le dire, au micro du soir.be. «J’en appelle au soutien du PS et du MR. J’attends un signal, aujourd’hui.» Le ton de la journée est donné. Tous les autres candidats qui lui succèdent au micro ont un avis bien trempé sur le sujet. Exemple parmi d’autres, Pascal Smet: «Il faut arrêter les conneries du plan Wathelet, arrêter de chipoter.»

2 Pas de risque de vacance à la ministre-présidence. Parmi les questions incontournables, la personnalité du futur ministre-président. Surprise, quasi toutes les têtes de liste manifestent une envie. Rien d’étonnant dans le chef des francophones: «Toutes les têtes de liste sont candidates à la ministre-présidence», observe Didier Gosuin. Certains y ajoutent une touche personnelle, tel Christos Doukeridis: «Je suis le plus jeune des candidats (NDLR: francophones). Et je pourrais être le premier ministre-président issu de la diversité», précise le chef de file Ecolo. Dans les rangs néerlandophones, on est «réalistes» (lisez: conscients de son poids électoral), mais cela ne bride pas pour autant l’enthousiasme. Tant Pascal Smet que Brigitte Grouwels ne diraient pas non à la fonction: «Ce serait, pour la première fois, un néerlandophone», clament-ils en chœur. «Et une femme», glisse la ministre CD&V. «Avec Brigitte, bonne chance pour les Bruxellois», lâche le socialiste flamand.

3 «Simple» ministre, c’est bien aussi. C’est sans doute Vincent De Wolf, par ailleurs candidat à la ministre-présidence, qui résume le mieux l’état d’esprit: «Nous, ce qu’on veut, c’est entrer au gouvernement». Le chef de file MR avoue «avoir bien ri» en lisant l’interview de Rudi Vervoort, ce jeudi matin, dans nos colonnes – le ministre-président socialiste, à qui on demandait s’il se voyait ministre d’un gouvernement De Wolf a rétorqué «mais qui se voit ministre de Vincent De Wolf?». «Moi, je me vois ministre de Rudi Vervoort», souligne le libéral. Pascal Smet se voit ministre des deux… Didier Gosuin, lui, a pour projet «d’être ministre d’un projet, pas de quelqu’un». Bref, les candidats au pouvoir ne manquent pas. Côté flamand, il se murmure que les trois partis traditionnels ont conclu un pré-accord. Nul ne le confirme. Mais, après voir lu qu’une des coalitions envisagées est un axe PS-CDH-FDF, Pascal Smet accueille Didier Gosuin, qui lui succède au chat du Soir, presque en futur collègue. «On l’a déjà été. Et on s’entend bien», lance le socialiste flamand.

Au passage, celui qui est aujourd’hui ministre de l’Enseignement au sein du gouvernement flamand insiste: «Pour la prochaine législature, j’ai choisi, ce sera Bruxelles. Quoi qu’il arrive, que je sois dans la majorité ou dans l’opposition.»

4 Pour la N-VA, ce n’est pas gagné. C’est peu de dire que l’on ne se bouscule pas au portillon pour s’allier aux nationalistes flamands. Si Brigitte Grouwels assure «aller les mains libres» aux élections, le SP.A et Groen sont bien plus tranchés. «Je préfère franchement faire sans les nationalistes flamands, explique Pascal Smet. Je les pratique au sein du gouvernement flamand, et ce n’est pas évident. En plus, pour Bruxelles, ils veulent introduire les sous-nationalités, la division entre Bruxellois.»

A l’opposé du projet de Pascal Smet, qui défend le principe de listes bilingues et plaide pour l’émergence d’un mouvement politique urbain qui dépasse les partis et les camps linguistiques.

Bruno De Lille (Groen) est sur la même longueur d’ondes: «On peut difficilement trouver des programmes plus opposés que celui de la N-VA et de Groen. Un Bruxellois vaut autant qu’un autre, il n’est pas question de diviser les habitants de la Région, de créer des sous-nationalités, sur la base de la langue qu’on parle.»