Gastronomie de rue

Ils nous viennent des États-Unis, où les larges avenues sont un terrain de jeu idéal, mais aussi de Montréal, où les associations défendent leur cause avec vigueur. La recette fait mouche ! Un camion joliment décoré, des produits frais et locaux, un prix attractif et un planning façon jeu de piste ont séduit l’urbain pressé avide de nouveautés. Ils diffèrent des baraques à frites, à pizzas ou à gaufres par leur cuisine contemporaine, en offrant une alternative plus saine. Et pour cause, ici, la nourriture de rue proposée est souvent bio, en provenance du marché ou, du moins, élaborée avec des produits de saison. Comme nous l’expliquent Pamela et Glenn, associés à la vie comme dans leur camion Mi Vida. Les mentalités ont changé. Les gens ont pris conscience qu’il était important de manger sainement même si c’est en vitesse entre deux rendez-vous ou sur le pouce avec des amis. C’est ce que nous offrons : un burger maison avec de la bonne viande, du bon pain, préparé en moins de 3 minutes. La Belgique n’est pas à la traîne en matière de restauration mobile. Les choses sont en train de se mettre en place afin que chacun s’y retrouve et respecte le business de son voisin. À partir de septembre, Bruxelles proposera un parcours où les camions pourront choisir leur emplacement.

En attendant, plusieurs manifestations voient le jour, comme le Frunch (contraction de Friday et de lunch) sur la place Royale, le rendez-vous qui rassemble tous les vendredis midi trois enseignes signées street food dans la cour du BIP à Bruxelles. Signe des temps, ce week-end, c’est un événement d’envergure qui met à l’honneur ces roulottes gourmandes, avec le Brussels Food Truck Festival. Le premier événement du genre en Belgique. Durant trois jours, le boulevard de l’Impératrice deviendra le théâtre d’une nouvelle génération d’artisans de bouche, de créateurs culinaires, de cuisiniers passionnés et d’entrepreneurs audacieux. Un parcours loin des sentiers battus donc, qui rassemblera pas moins de quarante food trucks belges, mais aussi hollandais, français et luxembourgeois. Un jury composé de professionnels, de journalistes et d’amateurs déterminera le classement des meilleurs restos sur roues. Des points seront attribués au look, à l’originalité du concept et de la cuisine, à la qualité du service et des produits.

En matière d’originalité, c’est sûr, certains ont de la suite dans les idées, comme le démontrent Gaëlle et Olivier, de Bugs in Mugs. Criquets, grillons et ténébrions sont cuisinés en quiches, potages ou pizzas. L’idée Bugs in Mugs est née à la suite d’un reportage consacré au thème de l’entomophagie en Occident et des premiers éleveurs d’insectes comestibles sur notre Vieux Continent. Le concept nous a directement séduits par son aspect original et écologique. Après quelques recherches sur la faisabilité d’un tel projet, nous nous sommes lancés dans l’aventure et avons commencé notre propre élevage d’insectes afin de pouvoir tester, au quotidien, leur place dans nos assiettes. Les encouragements de nos proches n’ont fait que renforcer notre envie de partager nos recettes à base d’insectes. L’idée de monter notre propre boîte est devenue une évidence. Nous y avons vu l’opportunité de développer une activité en accord avec nos principes et la possibilité de participer de façon concrète à l’amélioration de notre environnement.

Il est vrai qu’un camion avec cuisine équipée revient moins cher qu’un restaurant. Se lancer dans l’aventure food truck se révèle être un moyen idéal pour toucher différents publics, mais aussi pour tester de nouveaux emplacements avant d’investir dans un véritable fonds de commerce. La cuisine de rue était pour nous le seul moyen de pouvoir directement ouvrir un commerce sans passer par une banque, confirme Gaëlle. Cela nous semblait financièrement abordable. Au fil du développement du projet, nous nous sommes rendu compte que les chiffres s’alignaient vite et que ce n’était pas si simple, mais nous y arrivons. La cuisine ambulante reste une façon abordable et créative de développer une petite entreprise avec peu de moyens et beaucoup de débrouille.

Pour d’autres, pas besoin de s’encombrer d’un véhicule motorisé pour déplacer son “manger”. Yoan, du Petit Nuage, se la joue plutôt vélo, en proposant des délices sucrés bios tous les jours dans le parc Léopold d’Etterbeek. Je me promenais régulièrement à vélo dans les parcs avec mon amie. Nous adorions faire une pause pour manger une glace mais, un jour, nous avons été complètement déçus : la glace n’était pas bonne, le service non hygiénique, le glacier peu chaleureux et son camion qui circulait dans le parc à vive allure, beaucoup trop bruyant. Nous avons alors évoqué l’idée que distribuer des glaces à vélo serait bien plus sympa pour tout le monde ! Comme je devais me reconvertir professionnellement, nous avons pu réaliser notre rêve en conciliant la vente de glace sur un vélo triporteur.

Pas de doute, la street food n’a pas fini d’aiguiser nos papilles.