Un entrepreneur wallon lève 10 millions de dollars avec OpenERP

On comprend mieux l’extrême discrétion de Fabien Pinckaers, le fondateur de l’ex-OpenERP, ces dernières semaines et ses annulations pour « agenda hyperchargé ». Après 9 ans d’existence, la « plus si petite » société informatique brabançonne (déjà 240 employés et plus de 2 millions d’utilisateurs un peu partout dans le monde) préparait une annonce majeure : un changement de nom en Odoo (moins réducteur qu’OpenERP) et surtout, une levée de fonds de 10 millions de dollars, assez exceptionnelle au niveau belge. Les investisseurs sont des fonds de capital-risque français (Sofinnova et XAnge) et le fonds public wallon SRIW. Une partie de l’équipe de direction a également remis au pot. OpenERP avait déjà levé 3 millions d’euros en 2010, auprès déjà de Sofinnova, mais aussi de Xavier Niel, le bouillonnant entrepreneur français fondateur de Free. Ce dernier reste à bord, mais n’a pas étendu sa participation.

Cette nouvelle manne doit aider l’entreprise à poursuivre sa belle croissance, en élargissant sa présence à l’étranger et en soignant le marketing. « Tout reste toujours à faire, » déclare modestement Fabien Pinckaers. « Mais ma principale fierté jusqu’à présent, c’est notre produit. Nous avons réussi à développer une suite de logiciels pour entreprises à la fois très complète et simple, ce qui nous permet de convaincre autant des indépendants que des grosses entreprises comme Danone ou AT&T. » La grosse originalité de l’ex-OpenERP, c’est surtout de proposer des logiciels gratuits (basés sur des licences open source) mais de se rémunérer sur les services de maintenance et d’hébergement dans le cloud. « Ce modèle nous vaut d’être le logiciel pour entreprise le plus téléchargé dans le monde », souligne Fabien Pinckaers.

Outre sa petite centaine de collaborateurs en Belgique (le siège social et la R&D dans une ferme à Grand-Rosière et un bureau commercial à Bruxelles), Odoo emploie 27 personnes à San Francisco, une petite dizaine à Hong-Kong, 5 au Luxembourg et … une bonne centaine de développeurs en Inde. Fabien Pinckaers espère ouvrir un bureau à New York très prochainement et examine diverses possibilités en Europe. « Nous avons une avance technologique, mais nous devons combler un retard marketing dans certaines régions. » La Belgique représente environ 20% d’un chiffre d’affaires qu’Odoo a pour la première fois bien voulu nous confier : autour de 10 millions de dollars en 2013.

Odoo, c’est la preuve vivante qu’il est possible pour une société technologique de bien grandir sans nécessairement immigrer vers la Silicon Valley. La personnalité de son fondateur y est pour beaucoup. « Fabien est un entrepreneur très complet et déterminé, un marathonien plutôt qu’un sprinteur. Et qui sait bien s’entourer, » observe Roald Sieberath, coach pour start-up et membre du conseil d’administration d’Odoo. Il nous apprend que Fabien Pinckaers n’a jamais travaillé que pour son ‘bébé’ : à 10 ans, il développait déjà son premier programme et à 13 ans, son premier logiciel professionnel (pour les Taxis Verts).