Solidarité sans précédent en Bosnie face aux inondations

Lorsqu’il a entendu que la ville à majorité serbe de Doboj (nord), était envahie par les eaux et que ses habitants lançaient les appels au secours, Ibro Begic, ancien combattant musulman de la ville voisine de Tesanj, a organisé ses amis et voisins pour prêter main-forte aux sinistrés serbes.

A la va-vite, ils ont rempli un fourgon avec des vivres et sont allés à Doboj. «  On leur a apporté de l’eau, du lait, des draps, des bottes en caoutchouc. Nous avons été les premiers à leur porter secours », raconte Ibro, la cinquantaine. Les sinistrés ont été «  littéralement choqués » dit Ibro assurant que son geste était simplement naturel. «  Pendant la guerre nous avons été dans les armées ennemies, mais la guerre c’est une chose qui fait partie du passé. L’humanité est quelque chose de différent », dit cet homme.

Plus de 100.000 personnes ont été évacuées entraînant le pire exode depuis la guerre qui avait fait 100.000 morts et plus de deux millions de réfugiés et déplacés. Un quart des 3,8 millions d’habitants de cette ex-république yougoslave ont été affectés par les inondations qui ont fait 49 morts en Bosnie, Serbie et Croatie voisines.

« Je ne m’attendais pas à une telle solidarité »

La communauté musulmane a fourni des bateaux pneumatiques et des secouristes ont prêté main-forte aux Serbes de Samac alors que des malades ont été admis à l’hôpital de la ville musulmane. Le leader des Serbes de Bosnie Milorad Dodik, a exprimé sa gratitude aux musulmans qui se sont solidarisés avec sa communauté. «  Au nom des habitants (serbes) de Samac je remercie pour son aide la ville de Gradacac » peuplée de musulmans, a-t-il dit.

Pour des milliers de musulmans de plusieurs villages de la région de Zenica (centre), les inondations ont rappelé les scènes de la guerre. Cette fois, ils ont été contraints d’abandonner leurs foyers emportés par des glissements de terrain. Les premiers qui les ont accueillis ont été les Croates de la ville de Zepce, ceux-là mêmes qu’ils avaient combattus pendant la guerre.

«  Sincèrement, je ne m’attendais pas à une telle solidarité. Ils nous ont accueillis, nous ont apporté des vivres et des vêtements », raconte Elvir, un ancien combattant musulman de Zeljezno Polje, dont presque tous les habitants ont été obligés de prendre la fuite. «  À mon avis, c’est un tournant dans les relations entre les trois communautés. Je pense que cette solidarité va énormément contribuer à faire revenir la confiance entre les peuples qui ont été poussés à la guerre. »