Le débat des présidents francophones: les quatre divisés jusqu’au bout

Harassés, les présidents francophones achèvent une campagne infinie (elle remonte à septembre 2013, au moins) en vue d’une triple élection cruciale : régionale, fédérale, européenne, et cinq ans de pouvoir au bout. Wouaah ! Le ton monte, la langue se fait dure. Sur l’air : « Électeurs, réveillez-vous ! Indécis, venez à nous ! »

Cela, les derniers grands débats radiotélévisés en ont témoigné vendredi. En particulier : Charles Michel et Paul Magnette se sont livrés, sur RTL-TVi à 13 h 30, à un duel de fer (politiquement, naturellement) où le libéral a, entre autres échanges au couteau, traité le socialiste de « faussaire » pour avoir répété combien les bleus veulent, dit-il, démonter l’index, alors que le socialiste donnait en substance du menteur au libéral qui, à son sens, « n’assume pas son programme, c’est déplorable ».

Charles Michel décrit le PS en promoteur d’une nouvelle opération de « matraquage fiscal ! », met en garde contre un nouveau « long blocage N-VA/PS » auquel court le pays à son sens, alors que Paul Magnette désigne le MR en militant du « péage autoroutier et la taxation au kilomètre, c’est écrit », dénonce ses errances face aux nationalistes flamands, celles de Didier Reynders tout spécialement, souligne-t-il, et pose le PS, au contraire, en rempart contre toute velléité de détruire la Sécu comme le pays.

Il y en eut pour tout le monde.

Qui a dit que ces deux-là gouverneraient ensemble après le 25 mai ?

Si ce n’est contraints par les faits et les rapports de forces dimanche soir, rouges et bleus se sépareront dans les Régions (lire ci-dessous) ou c’est n’y rien comprendre – le fédéral, c’est une autre histoire, on le sait, demandez à Bart De Wever.

Magnette-Michel, PS-MR, c’est l’axe autour duquel s’est déroulée la campagne côté francophone ces dernières semaines et plus intensément encore ces derniers jours, ces dernières heures. On l’a vu vendredi après midi sur RTL-TVi, même chose le soir à la RTBf, pour le dernier grand débat des présidents, notamment quand Charles Michel relance sur la taxation des loyers à laquelle se préparerait le PS… « Pas une ligne dans notre programme ! Vous essayez de m’énerver, mais j’ai décidé d’être très calme ce soir », ponctue Paul Magnette, de marbre en apparence.

L’antagonisme PS-MR a structuré les débats de fin de campagne, on l’a dit, mais les autres partis ne sont pas restés au balcon pour autant. La preuve encore vendredi soir, pour un débat entre présidents thématique celui-là, où il s’agissait moins, dès lors, de polémiquer que de se différencier, mais où les quatre (Paul Magnette, Charles Michel, Benoît Lutgen, Emily Hoyos) s’y sont employés vivement, même si ce fut parfois sur le ton de l’humour, une sorte de décontraction libératrice après les hostilités et avant le suspense du week-end. Sur l’emploi, l’enseignement, la fiscalité, l’index, sur tout, les quatre se sont donc divisés souvent sans concessions. La « guerre » de l’index en particulier est sans fin. On y a droit cette fois encore. « Pendant des semaines, on a tenté du côté socialiste de réécrire le programme du MR. Qui est pourtant clair, tout à fait clair à cet égard », lance Charles Michel. S’attirant la cinglante réplique de… Benoît Lutgen : « Vous dites tout le temps que c’est clair, c’est clair, c’est clair… Quand on dit ça, c’est que ce n’est pas clair au contraire… ». Charles Michel ne laisse pas passer : « Enfin ! Ah !, je vois que vous volez au secours du PS… ». Benoît Lutgen encore : « Mais quand vous dites les contre-vérités, si on ne peut pas les contredire, alors… Restez calme M. Michel ». Au passage, Emily Hoyos ré-assène son argument de campagne : « Oui, on a trituré l’index durant cette législature ». Paul Magnette rattrape : « C’est faux ». Désaccord sur la toute ligne. De même quand la co-présidente des verts francophones rattaque sur les mesures en matière de chômage – la dégressivité, le sort fait aux allocations d’insertion dans certains cas : « Oui à la chasse au chômage, non à la chasse aux chômeurs ! ».

Et si, in fine, sur le registre Nord-Sud, les quatre assurent tous ne pas croire à la « sincérité » de Bart De Wever quand il se profile (Le Soir de jeudi) auprès des francophones en Premier ministre fréquentable, et n’excluent pas, disent-ils, un « front francophone » après le 25 mai dans l’hypothèse la plus sombre – celle d’un triomphe nationaliste au nord dimanche –, l’affrontement préélectoral reprend toute la place très rapidement… Charles Michel juge que l’« on a donné trop d’espace à la N-VA dans cette campagne » et déplore le « mauvais feuilleton de 2010 quand le pays a été bloqué pendant un an par ce parti et le PS ». Paul Magnette : « Vous réécrivez l’histoire ; ce que nous avons fait, c’est résister, dire non à ce que voulait la N-VA précisément ! ». Benoît Lutgen remonte au front : « Au MR, M. Crucke, M. Reynders ont fait en leur temps des déclarations favorables à M. De Wever. Intolérable ! ». Charles Michel dit détenir une liste de déclarations en ce sens émanant de personnalités de tous les partis… Benoît Lutgen : « C’est très grave de dire ça M. Michel, montrez-moi une seule déclaration d’un représentant du CDH »…

Pendant ce temps – retour sur RTL-TVi –, Elio Di Rupo martelait : « Ce qui importe ce 25 mai, c’est que la famille socialiste, SP.A et PS, reste la plus forte dans le pays ». Le Premier ministre, depuis décembre 2011, se voue-t-il au « Seize » pour une législature complète cette fois, de cinq ans ? « Si nous sommes à la table au fédéral, alors cela se discutera entre les différents partis ». Les débats s’achèvent. La campagne touche à sa fin. Aux urnes, citoyens !