La cigarette, «une drogue dure qui ne dit pas son nom»

Témoignages à l’occasion de la journée mondiale antitabac.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 4 min

Ils s’appellent Grorges, Andrée ou Sara. Ils ont décidé d’arrêter de fumer après de nombreuses tentatives, parfois après avoir embrassé la clope pendant un demi-siècle. Souvent la maladie les a rattrapés, leur faisant payer une addition insidieuse. Mais cela peut aussi être un bébé à venir ou un nouvel amour qui peut leur faire franchir le pas. Ou 150 euros qui s’envolent en fumée chaque mois et qu’ils ne peuvent décidément plus dépenser. Leurs témoignages, recueillis avec talent et sobriété par la journaliste François Raes, sont aujourd’hui rassemblés dans un livre publié par la Fondation contre le cancer pour les dix ans de Tabac Stop, son service gratuit d’aide à l’arrêt, que le Soir vous fait découvrir en exclusivité, le jour de la journée mondiale contre le tabac.

Si ces destins sont différents, ils soulignent tous le caractère précoce du mécanisme d’accrochement de la nicotine : « A quinze ans, dans l’atelier de photogravure », dit Georges. «  J’ai tiré sur ma première cigarette à l’âge de 10 ans. Ma mère m’achetait mes cigarettes  », raconte Philippe. « Ma première cigarette, je devais avoir 6 ou 7 ans », explique Philippe.

La plupart ont essayé plusieurs fois d’arrêter mais la cigarette les a souvent rattrapés, lors d’une émotion forte, une mauvaise passe, un accident de vie. Dans ce livre, que l’on peut télécharger gratuitement dès ce samedi sur le site de www.tabacstop.be ou sur celui du Soir, en bas de cet article, le psychiatre Vincent Lustygier explique comment la nicotine vient s’introduire dans les circuits de la récompense de notre cerveau pour mieux s’interposer chaque fois que nous éprouvons de la peine ou du plaisir et pourquoi c’est «  une drogue dure qui ne dit pas son nom  : « Avec l’alcool, la perte de contrôle prend en moyenne trente ans à apparaître. Avec la nicotine, chez une jeune fille de 16 ans, elle est présente après 3 mois. Et après 6 mois chez le jeune garçon. C’est là qu’on prend conscience de la puissance de cette drogue… Les expériences animales nous montrent la même chose : quand on arrive à rendre un rat accro à la nicotine (ce qui est difficile parce que spontanément, il n’aime pas la fumée !) on constate qu’elle est une des substances qui provoquent la plus forte stimulation du circuit de la récompense. À l’intérieur du circuit, la force de la nicotine est équivalente à celle d’une drogue dure ! C’est une découverte qui était inattendue pour le monde scientifique, étant donné le côté « normal » de l’usage du tabac. On s’est tous trompés là-dessus jusque très récemment. L’autre découverte, c’est que la vitesse à laquelle la nicotine sensibilise le cerveau adolescent est la plus rapide de toutes les drogues. C’est également passé inaperçu mais maintenant c’est très clair. Ajoutez à cela que le circuit de la récompense est encore plus sensible à l’exposition aux produits psychotropes avant la maturité du cerveau, aux environs de 20 ans. Tout nous dit, dans la littérature scientifique, que nous devrions absolument protéger nos jeunes de boire, de fumer et de prendre du cannabis au moins jusque l’âge de 20 ans ».

Si ces dix récits de vie ont de la valeur, c’est aussi parce que ces dix êtres humains ont effectivement réussi à arrêter. Un arrêt difficile, qui passe nécessairement par la reconstruction d’un autre plaisir, d’un projet de vie, d’un avenir différent. Le coaching personnalisé de Tabacstop, entièrement gratuit pour le fumeur (il est en partie financé par le fédéral, mais cette aide devrait bientôt disparaître) comprend 8 entretiens avec un tabacologue professionnel (toujours le même), répartis sur une période d’environ 3 mois, à des dates convenues au préalable. Cette forme d’accompagnement fait tripler, voire quadrupler, les chances de réussite, en comparaison avec une tentative d’arrêt sans aucune aide. Plus de 100.000 personnes sont allées visiter le site de tabacstop l’an dernier.

Plus de 27 % des Belges fument encore régulièrement, notamment parce que la Belgique est la championne d’Europe de l’Ouest des bas prix du tabac. La coalition nationale contre le tabac réclame notamment, pour cette année encore, une augmentation du prix du tabac à rouler à raison d’un euro en une fois, une augmentation du prix des cigarettes à raison de 50 euro cent en une fois et, au cours des cinq prochaines années, doubler le prix du tabac à rouler et une augmentation du prix des cigarettes de 50 %. (Le Soir de vendredi). Une partie de cet argent devrait servir directement à multiplier les aides à l’arrêt.

« Nous voulons susciter un débat de société autour de l’assuétude à la nicotine et conscientiser tout un chacun, et en particulier nos décideurs politiques, aux multiples facettes de cet esclavage. Nous voulons briser les visions manichéennes sur cette dépendance, et ceci tout particulièrement à un moment où de plus en plus de voix s’élèvent pour faire payer aux fumeurs le prix de leurs soins de santé », explique Suzanne Gabriels, responsable de Tabac Stop.

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