Bruxelles: comment le FDF est devenu pivot

Le parti d’Olivier Maingain et Didier Gosuin a réussi sa campagne. A la clé : l’espoir d’entrer dans la majorité bruxelloise. Décodage de cette victoire.

Journaliste au service Monde Temps de lecture: 5 min

Voici un an, certains ne donnaient pas cher du FDF. Les augures étaient, il est vrai, défavorables. Le fonds de commerce amarante s’était asséché avec la scission de BHV. Depuis le divorce avec le MR, les fédéralistes démocrates francophones véhiculaient toujours l’image d’un parti radical sur le plan communautaire, sans parvenir à s’imposer sur les thèmes socio-économiques. Les comptes du parti, suspendus à la résolution du litige avec les libéraux, ne permettaient pas d’envisager l’avenir avec sérénité. Et, à la veille des vacances de Noël, l’une des figures de proue du parti, Damien Thiéry, passait à l’ennemi. Les sondages n’étaient du reste pas de nature à enthousiasmer la chaussée de Charleroi : la greffe ne prenait pas en Wallonie, et, à Bruxelles, le score oscillait, selon les baromètres, entre 9 % et 11 %, synonymes au mieux d’une 3e place au pire d’une 5e…

Depuis dimanche, pourtant, le FDF fait figure de pivot dans la capitale. Le fruit d’une incontestable victoire électorale. Si, à la Chambre, les 11,08 %, et deux députés constituent un résultat honorable, le succès à la Région est incontestable. La liste flirte avec les 15 %, avec plus de quatre points d’avance sur le CDH, quatrième parti. Didier Gosuin s’est imposé en tête du hit-parade de la popularité, avec 22.906 voix de préférence, 3.000 de plus que Vincent De Wolf, 3.500 que Joëlle Milquet. A moins d’une alliance PS/MR, c’est le FDF qui donnera, dans la capitale, le ton de la coalition : tant les libéraux que les socialistes ont besoin de lui pour prétendre au pouvoir. Un retournement de situation assez incroyable, qui s’explique par plusieurs facteurs.

Une bonne campagne

Ne voyez aucun gourou de la com là derrière. Nécessité (financière) fait loi. Et puis, chez les amarantes, on ne cache pas un certain scepticisme par rapport aux pros, « qui ont du mal à saisir la spécificité d’un parti, et finissent par pondre un slogan aseptisé ». Celui de la campagne 2014 (« vrais et sincères ») a été inventé par Olivier Maingain. Lequel n’est pas connu pour multiplier les brainstormings collectifs. C’est donc en (tout) petit comité que la campagne s’est échafaudée. Au niveau régional, Didier Gosuin a posé les balises dès l’automne 2013 (lire ci-dessous). Et les deux hommes, entourés de quelques proches, ont tracé les grandes lignes de la campagne globale. La marque de fabrique ? Jouer sur la cohérence du discours incarné ces dernières années par les deux hommes. Et se démarquer de la concurrence, « en ne promettant pas la lune, ni tout et son contraire ».

Résultat, dans les débats télé, les deux ténors FDF sont à contre-courant, avec des propos aux antipodes des promesses électorales : Olivier Maingain veut adapter l’indexation des salaires au-delà de 3.500 euros par mois, Didier Gosuin prône la fiscalité automobile. Dans le combat, de plus en plus âpre entre PS et MR d’une part, CDH et Ecolo de l’autre, le FDF se profile par ailleurs au-dessus de la mêlée. Les deux têtes de liste, fortes de leurs décennies d’expérience, sentent vite que c’est leur chance, ils la saisissent. Le fond de la campagne les aide, aussi. Les questions communautaires ont été largement absentes, ce qui aide le FDF à gommer son image, repoussante pour certains, de parti radical (« la N-VA francophone », comme on le dit parfois en Flandre). A Bruxelles, le plan Wathelet permet à Didier Gosuin de faire valoir son engagement dans ce dossier et de se différencier des partis traditionnels. Dernier point au crédit des amarantes : Didier Gosuin et Olivier Maingain, qui se sont parfois affrontés, en interne, se sont révélés, ces derniers mois, parfaitement complémentaires, assurant une campagne sans dissonance à leur parti.

L’effet Gosuin

Sa troisième place dans la capitale, le FDF la doit très largement à Didier Gosuin. « Son résultat est impressionnant, souligne Pascal Delwit. Il récolte entre 25 % et 40 % dans certaines communes comme Auderghem, les Woluwe ou Watermael. Sa popularité s’explique en grande partie par sa personnalité. Il est là depuis 25 ans, a été ministre, et a donc déjà gouverné avec des néerlandophones. Il est aussi vu comme un politique transversal, ni à gauche ni à droite. » Ce qui lui a permis de séduire au-delà de son parti, certainement au MR, mais aussi chez Ecolo ou au PS. La liste régionale a en effet un résultat nettement supérieur à celle de la Chambre qui, sur les 19 communes, récolte 10,8 %.

Le chef de groupe au parlement bruxellois récolte sans doute là le fruit de son travail d’opposition. « Notre campagne a en fait commencé il y a dix ans », insiste-t-on dans son entourage.

On peut reconnaître à Didier Gosuin une cohérence dans les combats. A commencer par ses plaidoyers répétés pour l’amélioration de l’enseignement francophone et de la formation professionnelle. Lorsqu’en mai 2013, dans un débat organisé par Le Soir et De Standaard, il lance « l’enseignement francophone est un échec, et ce sont les francophones qui en sont responsables », la Flandre découvre un candidat au langage franc. Mais voilà belle lurette qu’il assène cela.

Tout comme il réclame depuis longtemps une remise à plat de toutes les politiques régionales. Ou l’instauration de zones basse émission. Autant de propositions qu’il relance, dès novembre, dans « ouibruxelles », un ouvrage qui lance sa campagne, atypique. Conçu comme un outil de réflexion et de dialogue, il le diffuse auprès des Bruxellois, tous milieux confondus. Car, c’est un autre atout de Didier Gosuin : l’homme connaît tous les acteurs clés de la Région, dont il maîtrise tous les dossiers. Au fil du temps, le bourgmestre d’Auderghem s’est fait le défenseur d’une vision globale pour la ville, « qui n’est inféodée à aucune chapelle ». Porte-voix de l’opposition, il n’hésite d’ailleurs pas à soutenir certaines politiques gouvernementales, s’il les juge porteuses. Ajoutez à cela qu’à bientôt 62 ans, le bourgmestre d’Auderghem livrait sa dernière campagne ; il ne lui déplairait pas de redevenir ministre mais la pression était moins grande sur ses épaules. Voilà qui, sans doute, l’a aidé à oser une parole plus réaliste ou franche. « Et puis, en miroir, il faut constater la faiblesse des autres, relève Pascal Delwit. Ni Vincent De Wolf ni Rudi Vervoort n’étaient considérés comme des leaders forts. Et Joëlle Milquet n’a pas répondu à l’attente. »

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