Manœuvres et intox autour de Jean-Claude Juncker

Les élections européennes ont été l’occasion d’un bras de fer entre le Parlement européen et le Conseil (les chefs de gouvernement) quant à laquelle des deux institutions aurait la légitimité démocratique pour imposer le prochain président de la Commission. Cette bataille, c’est le Parlement qui l’a gagnée. Il l’a gagnée une première fois avant les élections, réussissant à prendre l’ascendant sur le Conseil en imposant dans le débat public la formule des « candidats têtes de liste » des partis pour le poste de patron de l’exécutif européen. C’est incontestablement le résultat d’une sorte de hold-up politique, qui allait bien plus loin que le prescrit du traité de Lisbonne. Mais c’était un hold-up pour plus de démocratie : afin de donner à l’électeur la possibilité d’influer sur cette désignation, mais aussi afin de charger le prochain patron bruxellois d’une responsabilité démocratique et donc politique inédite.

Certains jugent que le système des « super-candidats » n’aurait pas fait ses preuves : trop peu connu des électeurs, trop peu mobilisateur… Rien n’en est prouvable, mais même en serait-il ainsi : un peu plus de démocratie vaut-il moins que pas de démocratie du tout ?

Le Parlement a gagné cette bataille une seconde fois après les élections européennes. Cinq partis, qui y représentent une écrasante majorité, se sont déclarés favorables au processus qui doit permettre à Jean-Claude Juncker, candidat de la famille de centre droit arrivée en tête, à être désigné président de la Commission. Cette réalité s’est déjà imposée au Conseil : une majorité qualifiée se dégage au sein des 28 en faveur de Juncker, même si pour des raisons tactiques Herman Van Rompuy et Angela Merkel ont refusé de laisser voter. Ces chefs de gouvernement, majoritaires donc, n’y sont pas favorables parce qu’ils se laissent dépouiller de bon cœur de leur prérogative de désigner le président de la Commission : ils s’y soumettent par reconnaissance d’une légitimité démocratique. Refuser de désigner Jean-Claude Juncker n’est aujourd’hui plus une option. Cela constituerait un déni inacceptable d’une légitimité démocratique naissante. Celle-ci est de son côté et non du côté de ceux qui, comme David Cameron, veulent imposer une nomination en arrière-salle en tirant prétexte, étonnamment, de leurs propres échecs électoraux.