Bayot: «Il y a une place pour NewB sur le marché des banques»

Après avoir récolté 2,5 millions d’euros, NewB n’est pas autorisée à effectuer une grande levée de capital. Le réseau Financité et CNCD-11.11.11. lancent une campagne pour défendre la création d’une banque coopérative.

Journaliste au service Economie Temps de lecture: 4 min

Bernard Bayot est directeur du réseau Financité et président de la coopérative NewB.

La Banque nationale de Belgique freine la création de NewB ?

Luc Coene, le gouverneur de la Banque nationale de Belgique, a déclaré dans une interview qu’il y avait déjà trop de banques sur le marché et ça nous pose évidemment un problème. Il est logique que, lorsque nous introduirons notre demande d’agrément officielle à la Banque nationale, le régulateur vérifie si l’on remplit les conditions nécessaires. Par contre, lorsque la Banque nationale, par la voix de son gouverneur, dit qu’il y a trop de banques, cela donne à penser qu’il n’y a pas de place pour un nouvel acteur. Cette affirmation ne nous paraît d’abord pas correcte, mais en plus ne se retrouve dans aucun texte légal ou réglementaire. C’est une prise de position politique, qui demande une réponse politique. Nous lançons une campagne d’interpellation où nous invitons les citoyens à signer une pétition afin que les nouveaux élus fédéraux prennent la question en considération. Le « Baromètre de la consommation 2014 », étude à grande échelle sur la consommation belge, révèle que 23 % des consommateurs sont prêts à devenir clients d’une banque coopérative comme la nôtre. Ce n’est pas insignifiant. Barrer toute possibilité pour une banque de ce type de se créer pose problème.

Le gouverneur n’a cependant pas refusé la candidature de NewB…

Il ne l’a pas dit expressément, mais il dit que notre initiative arrive à un moment où il y a trop de banques sur le marché. Ça ne veut pas dire que ça ne sert à rien de déposer un dossier, mais ça le laisse entendre, semble-t-il.

Vous constituez actuellement un dossier; il sera évalué par la Banque nationale ?

Le dossier est effectivement en cours, mais nous avons également introduit une demande auprès de l’autorité des services et marchés financiers (FSMA) au mois de septembre dernier pour pouvoir effectuer une levée de capital. Aujourd’hui, elle se retranche derrière l’opinion de Monsieur Coene, nous disant qu’elle ne peut nous donner l’autorisation au vu des prises de position de la Banque nationale. Une enquête, menée par l’université de Gand, montrait que sur les 60 millions de capital dont nous avons besoin, au moins la moitié pourrait être réunie auprès de nos coopérateurs. Pour cela il faut faire un appel public à l’épargne, qui doit être validé par la FSMA. C’est un peu le serpent qui se mord la queue. Tout dossier d’agrément nécessite un capital minimum. Dans le même temps, nous sommes actuellement dans l’impossibilité de récolter ce montant à cause de prises de positions alors qu’aucun dossier n’a encore été déposé. Qu’on nous dise ultérieurement qu’il y a des problèmes, nous sommes prêts à en discuter. Ici, il s’agit d’une position de principe qui nous préoccupe.

Vous avez eu des contacts directs avec ces institutions ?

Bien sûr, nous avons rencontré Monsieur Coene et la FSMA. Nous avons proposé au gouverneur de rencontrer ses services et de leur exposer notre plan. Il ne juge pas utile de nous rencontrer tant qu’aucun dossier n’aura été déposé. Il n’y a pas de dialogue possible à ce stade-ci.

Vous pourriez envisager d’établir des partenariats ou de vous rattacher à une grande banque ?

Nous sommes en discussion avec une série d’investisseurs institutionnels, mais ces discussions prennent de nombreux mois. Nous avons des perspectives, mais il n’y a rien d’abouti.

Qu’envisagez-vous de faire maintenant ?

Nous lançons une campagne pour que cette vision politique soit débattue (via le site www.ilmanqueunebanque.be). Nous aimerions sortir de cette situation de blocage purement politique. S’il s’agit de questions économiques ou de considérations prudentielles, nous en discuterons avec les documents sur table. Ici, c’est un a priori et c’est bien le problème. Nous n’avons pas d’autre solution que d’intervenir à un niveau politique et ce n’est pas de gaieté de cœur.

D’après vous, cet a priori vaut uniquement pour NewB ou pour toute création de banque ?

A ma connaissance, il n’y a pas eu de dossier de constitution de banque déposé depuis quinze ans en Belgique. De notre point de vue, il n’y a aucune raison légale, réglementaire ou d’intérêt public de limiter le nombre de banques. Au contraire, le Royaume-Uni fait exactement l’inverse alors que sa situation est comparable à la nôtre, où quatre grandes banques belges possèdent 80 % du marché. Au Royaume-Uni, on favorise la concurrence et on permet à de nouveaux acteurs d’intervenir. En Belgique, c’est le contraire alors que le cadre régulatoire est le même. C’est un choix politique.

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